[[politique]] [[contractualisme juridiciste]] [[État-Léviathan]] [[état de nature pour hobbes]] [[contractualisme juridiciste hobbien]] [[interdépendance économique entre les êtres humains]] [[État absolu]] [[consentement tacite à la domination de l'État]] [[État absolu]] ## **Chap.IV** **État- liberté- justice- devoir** Lorsque l’on observe les hommes à travers l’espace et le temps, il apparaît que ceux-ci vivent sous la forme de collectifs aux formes variées : clans, tribus, villages, cités, Etats. La société semble donc présenter une permanence dans l’Histoire, sous des formes certes variées (on entendra par société un ensemble _organisé_ d’individus entretenant des rapports déterminés) Ce qui faisait dire à [[Aristote]] que l’homme est un **animal politique**, cad que naturellement il est un être social, fait _pour_ vivre au sein d’une cité. ([[vision de la nature humaine au cours des siècles]]) Or alors que les animaux sociaux s’organisent d’une manière instinctive, les hommes établissent des institutions conférant une forme particulière au groupe ; institutions contingentes en ce sens qu’elles pourraient être autres que ce qu’elles sont. De telles institutions renvoie au domaine du politique ; le politique faisant référence à l’organisation du commun comme disait Arendt, et par là même à la réflexion sur la meilleure organisation possible. Dès les débuts de la philosophie une telle réflexion a été menée ; l’organisation de la cité, à travers l’élaboration de bonnes lois, des lois justes, apparaissant être la condition fondamentale à l’obtention du bonheur pour l’homme. 3 axes orienteront notre réflexion : [[politique]] ### **I - Les fondements de l’Etat : en quoi les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés ?** Texte de Hobbes 1. Etat de nature et « guerre de tous contre tous » [[Thomas Hobbes]] Hobbes se demande ici quelle serait la situation des hommes sans « pouvoir commun qui les tienne en respect » ([[contractualisme juridiciste]]) : ce serait **la guerre de tous contre tous**. Dans une telle situation qui s’apparente à ce qu’on pourrait qualifier d’[[état de nature]], les hommes bénéficieraient d’une liberté illimitée (ce que Hobbes appelle le droit naturel, c'est-à-dire la liberté qu’aurait chacun d’user comme il veut de son pouvoir propre). En d’autres termes l’homme pourrait faire tout ce qu’il désire, à la hauteur de sa capacité d’action. Or très vite, la liberté des uns finirait par se heurter à celle des autres : les hommes ayant les mêmes désirs ou tendances, ils vont se trouver en rivalité (pour la possession des biens ou des personnes), donnant lieu à des conflits sans fin. NB On pourrait d’ailleurs se demander si l’homme est vraiment libre sous l’état de nature qui car l’homme y apparaît esclave de ses **passions** (Freud dira par la suite pulsions) ; des pulsions négatives comme la convoitise, la défiance, la crainte de la mort, la vengeance, faisant que l’homme y apparaît comme **un loup pour l’homme**. [[État-Léviathan]] [[état de nature pour hobbes]] [[contractualisme juridiciste hobbien]] Les conséquences décrites par Hobbes sont manifestes : dans une telle situation, l’agriculture, le commerce, l’industrie, les arts, les [[science]]s, bref toutes ces activités proprement humaines (et qui humanisent l’homme) ne sont pas possibles ; l’homme consacre toutes ses forces à se protéger de l’autre, menant une vie solitaire, besogneuse, quasi animal et brève… A un moment donné, les hommes vont donc prendre [[conscience]] qu’une telle situation est intenable. A quoi bon une liberté illimitée si à tout moment le bien le plus précieux, à savoir la vie, peut être perdu (et la vie est la condition de la liberté…). Hobbes explique que les hommes raisonnant (calculant) sur leur chance de survie vont découvrir cette loi naturelle qui les enjoint à demeurer en vie. Chacun va alors décider de limiter sa liberté, à condition que les autres fassent de même, en contractant les uns avec les autres. (ex. j’accepte de ne pas saisir ton bien et toi en échange tu acceptes de ne pas saisir le mien). Ils vont établir des pactes (covenant), serment) les engageant les uns envers les autres. Or comment être certain que chacun respecte la parole donnée ? A l’état de nature, les hommes n’étant pas moraux, ils peuvent très bien se parjurer si la situation ne leur est plus avantageuse. C’est pourquoi les hommes vont devoir renoncer à ce pouvoir qu’ils ont de se gouverner eux mêmes, et transmettre celui-ci à une **tierce personne** (homme ou assemblée) qui les gouvernera en leur nom (cad qui les poussera à respecter leurs engagements) Souhaite l'[[État absolu]] 2. Le contrat social comme fondement de l’État-Léviathan [[État-Léviathan]] En d’autres termes, le contrat social donne naissance à une nouvelle instance (qu’on appellera par la suite l’Etat) disposant de la *souveraineté* (cad du pouvoir suprême) en édictant des lois, visant à rendre compatibles les libertés de chacun (et faisant que la liberté des uns s’arrêtent désormais là où commencent celles des autres) La loi ici renvoie à une décision du souverain autorisant ou interdisant certaines actions, et par là établissant pour chacun des **droits** et des *devoirs* ; les droits des uns ayant pour réciproque les devoirs des autres (si j’ai le droit à la propriété, autrui a le devoir de ne pas me voler) En somme, par le pacte, les hommes vont passer de la multitude désorganisée à une unité, dotée d’une seule volonté: l’Etat ou la République dont la finalité première est la paix et la sécurité. sécurité intérieure d’abord : tout citoyen se voit désormais protégé par l’Etat à l’encontre d’autres membres de cet Etat. Si sa liberté se voit lésée, il n’a plus à faire justice lui-même (se venger) mais peut en appeler au pouvoir de l’Etat qui le rétablira dans son bon droit (par différentes sanctions : amendes, emprisonnement, mise à mort…). Comme le dira Weber il dispose du **monopole de la violence légitime** cad que lui seul est autorisé à user de la violence pour préserver l’état civil et éviter la rechute dans l’état de nature, ce à quoi conduit la vengeance (la vengeance est passionnelle, excessive, et appelle la vengeance : la justice rendue par l’Etat se veut rationnelle et équilibrée) … (cf Pascal : la force sans justice est aveugle ; la justice sans force est impuissante) -sécurité extérieure d’autre part : tous citoyen se voit protégé contre d’éventuelles attaques extérieures (autre Etat qui chercherait à accroître son territoire, ou groupes non étatistes…). Cela signifie donc que la guerre malgré le pacte est encore possible, mais au moins elle sera guerre d’Etat contre Etat, et non de tous contre tous ; donc délimitée dans l’espace et le temps. Il s’agirait alors de surmonter de tels conflits par une solution semblable : mettre en place un droit cette fois ci international qui règle les rapports entre Etat et limitent les risques de conflit (ou encore qui interdisent, en cas de conflits, certaines exactions…) avec des instituions supra nationales (ex SDN ou encore ONU pour veiller à cela ; propositions qu’on trouvera chez Kant). En cela c’est bien le droit qui rend possible la liberté. [[consentement tacite à la domination de l'État]] [[État absolu]] Ainsi pour Hobbes, les hommes doivent renoncer à leur pleine liberté naturelle pour pouvoir vivre en paix les uns avec les autres. Le pacte tel qu’il l’envisage est donc tout à la fois un **pacte d’association** (les hommes décident de s’unir car ils y ont intérêt) et un pacte de **sujétion** (pour vivre ensemble il faut accepter se soumettre à un pouvoir que l’on _autorise_ à s’exercer sur nous même (en cela le pouvoir n’est pas arbitraire : il est une autorité provenant d’une autorisation). [[interdépendance économique entre les êtres humains]] [[État absolu]] [[consentement tacite à la domination de l'État]] [[État absolu]] On voit donc que la conception de Hobbes se distingue de deux autres approches : tout d’abord celle d’**Aristote** envisageant l’homme comme naturellement sociable : pour Hobbes est fondamentalement asociable, il le devient par intérêt. Mais aussi des **économistes** qui expliquent que la société est la résultante des échanges entre les hommes. Les hommes vivent en société pour satisfaire leurs besoins ; c’est parce qu’ils ne peuvent pas tout produire par eux-mêmes, qu’ils s’adonnent à des échanges avec d’autres, nouant ainsi des alliances devenant permanentes dans le temps (socius : alliés) (idée que l’on retrouve déjà chez [[Platon]] : c’est parce que je ne suis pas autosuffisant, que je ne peux pas exercer tous les métiers, que je dois trouver chez d’autres ce que je ne peux produire par moi-même, d’où la naissance des cités). Pour Hobbes, l’économique n’est pas suffisant pour fonder la société, il faut un pouvoir politique qui le rende possible. Or le pouvoir de l’Etat pour Hobbes doit être absolu pour éviter tout risque de retour à l’état de nature. Là est le danger : n’y a-t-il pas un risque que l’Etat n’augmente toujours plus son pouvoir au détriment des libertés des individus, au nom de la sécurité ? L’histoire est rempli de tels exemples : absolutisme, dictatures diverses, pire totalitarismes au XXème siècle où tous les aspects de la vie de l’individu sont controlés par l’Etat. En d’autres termes, n’y a-t-il pas un risque que l’Etat ne devienne *le plus froid de tous les monstres froids* comme le critiquait Nietzsche ? Dès lors quelles formes d’Etat est la plus propice à rendre possible une liberté authentique ? ### II **Etat et liberté : l’Etat est-il le garant ou l’ennemi des libertés** **?** La conception de Hobbes a donné lieu à plusieurs critiques, visant à rendre possible une liberté authentique des citoyens. 1. La critique libérale : Locke, Montesquieu [[État libéral]] [[séparation des pouvoirs]] - [[Montesquieu]] [[constitution]] [[état de nature pour Locke]] [[Démocratie pour Rousseau]] [[contrat social pour Rousseau]] [[Démocratie pour Rousseau]] [[souveraineté]] [[monarchie pour Rousseau]] [[oligarchie pour Rousseau]] [[démocratie représentative]] [[critique de la démocratie représentative]] [[despotisme doux]] - [[de la démocratie en Amérique]] Les libéraux considèrent que les citoyens doivent être protégés du pouvoir de l’Etat lui-même qui risquent toujours de les oppresser. Pour cela il convient que le pouvoir de l’Etat soit soumis au droit, cad régi par une **constitution** ad un ensemble de lois fondamentales qui en fixe les attributions, règle ses rapports avec les citoyens, et par là garantit des libertés fondamentales qu’il ne peut suspendre. Cela repose chez Locke sur une autre conception de la sortie de l’état de nature. D’après lui l’état de nature renvoyait à une situation de relative paix, au sein duquel les hommes bénéficiaient d’un droit naturel fixé en eux par Dieu. C’est pour faciliter le règlement des litiges, que les hommes mirent en place un Etat, qui contrairement à Hobbes n’annule pas les libertés naturelles mais les garantit. Une telle constitution devra notamment opérer une [[séparation des pouvoirs]] (législatif, exécutif, fédératif, par la suite judiciaire) de manière à ce que en cas de dérive le **pouvoir arrête le pouvoir** (ex le citoyen ne serait plus oppressé par un pouvoir disposant de la toute puissance et pourrait se placer sous la protection d’un autre pouvoir). Or cette critique libérale a elle-même été critiquée par l’approche démocratique de Rousseau 1. La critique démocratique (Rousseau) [[Démocratie pour Rousseau]] [[contrat social pour Rousseau]] Rousseau a tout autant dénoncé l’approche de Hobbes, à travers laquelle le peuple abandonne le pouvoir à ses représentants, que l’approche de Locke, où le peuple dispose certes de droits inaliénables, mais ne participe pas au pouvoir, si ce n’est lors des élections où il choisit ses représentants. Autrement dit la sortie de l’état de nature de l’homme n’a pas donné lieu à une organisation lui permettant d’être authentiquement libre « L’homme est né libre et partout il est dans les fers ». Rousseau propose alors un autre contrat social, conciliant ordre et liberté. Le problème se résume pour lui de la manière suivante : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé ; **et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant**. ». Ad il convient que le peuple soit tout à la fois **souverain et sujet** ; c'est-à-dire l’auteur de la loi, et celui sur lequel s’exerce la loi. Par là il ne fera qu’obéir à sa propre décision, il sera **autonome** (on est libre lorsque l’on obéit à la loi que l’on se prescrit à soi même). Dans ce cadre la loi sera l’expression de la **volonté générale** visant **l’intérêt général**. Une telle volonté générale ne doit pas être confondue avec la volonté de tous qui ne peut jamais être obtenue. Elle est bien plutôt la volonté commune à l’ensemble des citoyens. Rousseau explique qu’elle est la volonté de tous une fois soustraite la somme des différences qui s’annulent. Une telle volonté générale doit être éclairée par **la raison** dans le silence des passions qui risquent toujours de l’aveugler. Par là Rousseau la considère toujours droite et une fois définie elle doit s’imposer à chacun (il ira jusqu’à dire que si quelqu’un s’y opposait, on le **forcera à être libre**… et à ce titre on a pu parler d’un despotisme de la volonté générale chez Rousseau). De même l’intérêt général correspond à l’intérêt commun à l’ensemble des citoyens. Si il peut sembler parfois s’opposer à l’intérêt particulier de tel ou tel, il est en réalité à l’intérêt particulier bien compris (éclairé par la raison) Ex. l’impôt : de prime abord cette loi va contre mon intérêt particulier (je perds un ou plusieurs mois de salaire) or lorsque je réfléchis je découvre que grâce à celui-ci l’Etat construit des infrastructures dont je suis également l’usager…) l’impôt sert donc aussi mon intérêt… [[Démocratie pour Rousseau]] [[souveraineté]] [[monarchie pour Rousseau]] [[oligarchie pour Rousseau]] Le modèle pour Rousseau est celui de la **démocratie** (« s’il y avait un peuple de Dieu il se gouvernerait démocratiquement » même s’il rajoute qu’un tel système n’est pas fait pour les hommes …). Notamment la démocratie grecque qui était directe : l’ensemble des citoyens libres se réunissaient pour débattre ensemble et promulguer des lois qu’ils appliquaient à eux-mêmes. Or une telle démocratie directe semble possible que dans des Etats petits, et non dans les grands Etats européens, à l’époque de Rousseau peuplés de plusieurs millions de sujets. En ce sens d’autres types de gouvernement dit il serait possible : celui **monarchique** ou encore celui **aristocratique** à condition qu’ils soient républicain cad que le peuple reste souverain. Rousseau distingue donc deux choses : la souveraineté (le fait de disposer du pouvoir) et le gouvernement qui est chargé d’exécuter ce que le souverain a décidé… En somme si le Roi n’est que le mandataire du peuple, son pouvoir est acceptable même si des dérives sont possibles… Rousseau est l’un des rares philosophes à son époque (hormis Spinoza) à valoriser à ce point la démocratie. La démocratie apparaissait pour beaucoup comme qq chose du passé car comprise uniquement dans sa forme directe. Or à partir de la Révolution française, une autre conception de la démocratie va se développer (ce qui va rendre possible sa concrétisation) **la démocratie représentative**. Le peuple est souverain mais il confie temporairement l’exercice du pouvoir à des représentants (cad qui le rend présent symboliquement malgré son absence physique) en le désignant par le suffrage universel). Or cela crée nouvelles difficultés, bien notées par **Marx** : ces représentants ne risquent ils, sous couvert d’intérêt général, de servir leurs intérêts particuliers (notamment de classes ; ex les bourgeois au pouvoir qui par les lois rendraient légale l’exploitation des travailleurs). [[démocratie représentative]] [[critique de la démocratie représentative]] [[despotisme doux]] - [[de la démocratie en Amérique]] De même, le fait que le pouvoir soit exercé par des représentants, ne conduit-il pas à un retrait progressif des citoyens de la sphère publique au profit de la sphère privée ? Ceux-ci préférant jouir de leurs libertés individuelles, de leurs « petits plaisirs mesquins » plutôt que de s’investir dans le politique, devenant toujours plus complexe, laissé aux mains de spécialistes. Tel serait le devenir des démocraties modernes, marqués par un **despotisme doux** comme l’intuitionnait Tocqueville qui contrôlerait de plus en plus la vie des citoyens pourvu qu’il leur apporte les satisfactions matérielles. _«  je vois une foule innombrables d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et mesquins plaisirs dont ils emplissent leur âme… Au dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort… »_ En réalité une authentique démocratie ne peut se passer d’un engagement actif et critique des citoyens, d’une participation à la vie politique sous différents aspects : [[militantisme]] dans des [[association]]s, vigilance à l’égard des décisions prises, sanction à l’encontre du personnel politique à l’issue de la [[législature|législature]] etc, Etre citoyen suppose une conscience aigüe de ses responsabilités, et par là même d’une **éducation** suffisante pour pouvoir juger de manière éclairée. Par là l’autonomie commencera à devenir effective. ### **III-** **Etat et justice : Les lois sont-elles justes ?** 1- Droit positif et droit naturel [[droit positif]] [[le procès d'Eichmann]] [[droit naturel]] Suffit-il qu’une loi soit l’expression de la [[volonté générale]] visant l’intérêt général, comme le pensait Rousseau pour d’emblée être juste ? Deux exemples: - [[la Terreur]] sous la [[Révolution française]] : c’est au nom de la volonté générale que [[Robespierre]], se revendiquant du Contrat social de Rousseau, a coupé la tête à ses opposants, qualifiés d’ **« ennemis de la liberté »** [[le procès d'Eichmann]] Autrement dit, le droit en vigueur peut ne pas être juste. D’où la distinction, depuis les débuts de la philosophie, entre deux niveaux du droit. [[droit positif]] [[droit naturel]] Par ex une loi qui interdirait totalement la liberté d’expression irait contre cette exigence fondamentale de l’homme qui est de parler, de communiquer ses idées en tant qu’être de pensée et de langage. [[Léo Strauss]] : on peut critiquer le [[droit positif]] avec le [[droit naturel]]. Ex : l'esclavage, légal mais il existe des lois qui font qu'aucun homme ne peut être la possession d'un autre sinon c'est de la [[réification]] Ex de texte inspiré du [[droit naturel]] = [[Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen]] Mais notion critiquable car suppose une nature humaine ([[vision de la nature humaine au cours des siècles]]) fixe. Alors que l'être humain n'est pas un être de [[nature]] mais de [[culture]]. On parlerait + de *droit rationnel* aujourd'hui. Comme l’explique [[Léo Strauss]], un tel droit naturel doit servir d’étalon, de modèle, permettant de juger les lois existantes. Ainsi, si l’on peut considérer qu’une loi est injuste et qu’elle doit être rectifiée, c’est bien qu’il y a un droit plus haut que celui existant, pouvant servir de modèle. (cf **Antigone** face à Créon : Créon devenu roi de Thèbes refuse d’enterrer Polynice car il s’est révolté contre sa cité (Polynice avait conclu avec son frère Etéocle qu’ils gouverneraient tous deux la cité chaque année en alternance, or lorsque son tour arriva, Etéocle refusa de lui céder ; il en appela alors aux armées d’autres cités pour reprendre Thèbes, et les deux frères s’entretuèrent). C’est au nom de lois plus hautes qui exigent que tout mort a droit à des funérailles selon les rites, qu’Antigone va braver les interdits de Créon. [[Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen]] inspirée par le [[droit naturel]]. Déclare des droits imprescriptibles (non reliés par la citoyenneté) et inaliénable ([[aliénation]]) (ne peuvent pas être retiré et s'ils le sont c'est à cause de l'ignorance, du mépris, de la corruption ou de l'oubli des dirigeants) Ex : liberté, résistance à l'oppression, [[droits de propriété]], sûreté [[Karl Marx]] : droits bourgeois. [[libertés formelles]] et non pas [[libertés réelles]] Un tel droit naturel servira de fondements à la **Déclaration des droits de l’homme et du citoyen** en 1789, déclarant ces droits **imprescriptibles** (ils découlent de la nature humaine, en amont de la vie civile et donc indépendamment de la citoyenneté, et ne sont donc pas prescrits par l’autorité politique) et **inaliénables** (ne peuvent être ôtés et c’est justement l’ignorance, le mépris, ou l’oubli de ceux-ci qui génère les malheurs publics et la corruption des gouvernements comme l’énonce le préambule…). Ainsi sont reconnus comme droits naturels la liberté (de mouvement, d’expression, d’association), la sureté, la résistance à l’oppression, et la propriété (ce qui sera contesté par le courant socialiste, et c’est en ce sens que **Marx** dira qu’il s’agit là de droits naturels « bourgeois »). NB- cette appellation de droit naturel est toutefois problématique. Cela suppose que l’homme disposerait d’une nature fixe, or comme nous l’avons vu (cf nature et culture) il ne cesse de modifier sa propre nature, donc comment déduire de celles-ci des droits ? D’où la reformulation par certains philosophes de ce droit naturel en « **droit rationnel** », un ensemble de principes établis par la raison, liés aux exigences de l’homme compte tenu de son développement historique. [[droit positif]] Il doit donc être évalué à partir du [[droit naturel]] (qui est un peu l'objectif). Le droit n'est donc pas directement juste mais doit le devenir. La justice c'est la valeur qui guide les évolutions du droit. Comme toute valeur, elle est soumise à la [[socialisation]] et évolue donc en fonction du groupe social, de l'époque et du lieu. [[Emmanuel Kant]] : le droit n'est jamais parfait et doit être améliore au fil du temps Le droit [[positif]] doit donc être évalué à partir de ce droit naturel (qui fixe un cadre à la loi visant l’utilité). En ce sens le droit n’est pas d’emblée juste, mais _doit_ le devenir. C’est justement la raison pour laquelle on observe une évolution du droit au fil du temps, afin que celui-ci réponde toujours plus aux exigences de justice. La justice peut donc apparaître comme la **norme du droit** ( comme la vérité est la finalité de la connaissance, et le Bien celle de la morale) ; elle est ce que le droit _doit_ être, même si, comme le reconnait Kant, « dans ce bois courbe dont est fait l’homme, on ne peut jamais rien tracer de tout à fait droit » : en raison des tendances en l’homme qui l’empêchent d’établir un droit parfaitement juste, le droit n’est jamais parfait et demande à être amélioré au fil du temps. (cf cours sur l’histoire : le progrès du droit) 2- L’idéal de justice [[justice (institution)]] Cette notion de justice renvoie à plusieurs sens : - Elle renvoie tout d’abord à l’**institution** qui rend le droit (selon le [[droit positif]] en vigueur qui peut être injuste…) [[justice (idéal)]] - Elle renvoie dans un 2ème sens à **l’idéal moral** du droit, qui consiste à donner à chacun ce qui est dû. Chez les Anciens, la justice est une [[vertu cardinal]], elle est la **vertu des rapports** [[justice pour Platon]] [[Platon]] : justice s'exerce à la fois au niveau de l'[[individu]] et au niveau de l'[[État]]. Individu juste pour Platon : - gouverné par la [[raison]] - secondé par le courage - maîtrise ses [[désirs]] Cité juste pour Platon = bien ordonnée, chacun est à sa place selon ses compétences : - [[philosophe-roi]] - guerriers défendent - travailleurs produisent [[vertu cardinal chez les Anciens]] sagesse, prudence, courage, tempérance, justice Ce caractère moral de la justice se retrouve tout particulièrement chez les Anciens, pour lesquels la justice est avant tout une **vertu cardinale** (avec la sagesse/prudence, le courage, la tempérance) ; elle est la **vertu des rapports**. Chez **Platon** elle s’exerce tout à la fois au niveau de l’individu et au niveau de l’Etat. Ainsi un individu juste est celui chez qui la raison gouverne, le courage seconde, les désirs sont maîtrisés ; de même une cité juste (la République) est une cité bien ordonnée, où chacun est à sa place selon ses compétences : les philosophes gouvernent, les guerriers défendent, les travailleurs produisent. [[justice pour Aristote]] lie la justice et l'égalité, distingue plusieurs justices : [[justice commutative]] D’une part la **justice commutative**, celle qui préside aux **échanges**, animée par une **égalité de type arithmétique** ex : lors d’une transaction, si je donne un bien de telle valeur, l’autre doit me donner un bien d’une semblable valeur ou me rétribuer à sa juste valeur [[Thomas d'Aquin]] au Moyen Age parlait  d’ *« un juste prix »* [[justice distributive]] préside à la répartition des honneurs au sein de la cité selon une **égalité de type géométrique** (cad en proportion de, selon une logique de mérite ([[méritocratie]])). ex : en fonction du travail accompli pour mon devoir je recevrai la note correspondante. Il serait injuste que chaque copie, pour autant qu’elle ait été rendue, reçoive la même note (selon l’égalité arithmétique : une copie= 15…) [[justice corrective]] dans le domaine pénal, consiste à affliger une peine à un délit (le juge devant alors faire preuve d’**équité,** cad adapter la loi générale à la spécificité du cas particulier. ex : voler parce que l’on a faim ne doit pas être sanctionné de la même manière que voler pour nuire à qq ou simplement par convoitise… **Aristote** quant à lui établit un lien entre justice et égalité, distinguant différents types de justice selon le domaine où elle s’exerce - D’une part la **justice commutative**, celle qui préside aux **échanges**, animée par une **égalité de type arithmétique** ( par ex lors d’une transaction, si je donne un bien de telle valeur, l’autre doit me donner un bien d’une semblable valeur ou me rétribuer à sa juste valeur (Thomas d’Aquin au Moyen Age parlait  d’ « un juste prix ») - D’autre part la **justice distributive**, qui préside à la répartition des honneurs au sein de la cité selon une **égalité de type géométrique** (cad en proportion de, selon une logique de **mérite**). Par ex. en fonction du travail accompli pour mon devoir je recevrai la note correspondante. Il serait injuste que chaque copie, pour autant qu’elle ait été rendue, reçoive la même note (selon l’égalité arithmétique : une copie= 15…) - Enfin la **justice corrective**, dans le domaine pénal, consiste à affliger une peine à un délit (le juge devant alors faire preuve d’**équité,** cad adapter la loi générale à la spécificité du cas particulier. Par ex voler parce que l’on a faim ne doit pas être sanctionné de la même manière que voler pour nuire à qq ou simplement par convoitise… [[justice]] La justice n'est pas mathématique, il est difficile d'en déduire des lois pleinement juste. Donc, différents courants politiques existent et défendent leurs [[valeurs]] et idéaux - la justice est-elle seulement devant la loi ? (libéralisme) ou aussi économique (socialisme) ? - faut-il se contenter de [[droit-liberté]] ou faut-il ajouter des [[droit-créance]] ? [[droit-liberté]] "droit de" mouvement, d'association, d'expression [[droit-créance]] "droit à" l'avortement, la santé, la sécurité Toutefois, il apparaît qu’il est difficile de **déduire** de l’idée de justice une loi pleinement juste (à la différence de la **justesse** en mathématique qui repose sur la démonstration), et plus largement un ordre politique pleinement juste. C’est pourquoi il existe plusieurs sensibilités politiques, des idéologies, défendant des **modèles de société juste** différents (au XIXème : libéralisme, socialisme, conservatisme, réaction etc.). Par ex, au XIXème siècle, de nombreux débats (notamment entre penseurs libéraux et socialistes) portent sur la question de l’égalité et son rapport problématique avec la liberté. Est-il juste de se contenter d’une égalité politique (égalité devant la loi), ou faut il rechercher également une égalité **économique** plus stricte (notamment suite aux inégalités sociales produites avec la [[révolution industrielle]]), au risque de diminuer les libertés par une intervention de l’Etat trop importante. Dit autrement : faut il se contenter comme droits fondamentaux des « droits-liberté » (« droits de » : de mouvement, d’association, d’expression…) ou faut-il y adjoindre des « droits-créances » ( « droits à » : à l’éducation, à la santé, au travail, ce qui impliquerait une intervention de l’Etat plus importante, et donc un contrôle plus grand des libertés de chacun?) En somme une liberté sans limite nuirait à l’égalité (comme sous l’état de nature), mais en retour une égalité absolue (égalitarisme) conduirait à réduire toujours plus la liberté (comme par ex au XXème siècle au sein du totalitarisme communiste) ; il conviendrait donc de chercher à trouver un équilibre entre les deux. [[théorie de la justice]] - [[John Rawls]] tente de définir principes de base afin de constituer une société juste où chacun pourrait s'entendre. expérience du **voile d'ignorance** réfléchir à ce modèle de société sans connaître sa future place (pour éviter que nos intérêts de classe, race, genre, se mêlent à notre pensée) Résultats : Chacun doit pouvoir disposer **de manière égale** du plus grand nombre de **libertés** possibles compatibles entre elles (si bien que la liberté apparaît bien comme le 1er objectif à rechercher, contrairement à ce qui est défendu dans le [[totalitarisme]].) Certaines [[inégalités]] sont possibles si : - elles sont attachées à des positions sociales ouvertes à tous (pas comme dans l'Ancien Régime) - elles bénéficient aux plus démunis (donc exit le [[capitalisme]]) défend un modèle de démocratie sociale ([[État-Providence]]) Le philosophe américain **John Rawls** est revenu sur cette question dans sa célèbre Théorie de la justice qui a profondément marqué la philosophie politique dans la deuxième moitié du XXème siècle. Il tente de définir un ensemble de principes de base afin de constituer une société juste sur laquelle chacun pourrait (en théorie) raisonnablement s’entendre. Pour cela, il propose l’expérience du **voile d’ignorance** : il s’agirait de réfléchir à ce modèle de société à construire, sans pour autant connaitre la place que nous pourrions y occuper ensuite (pour éviter justement que les intérêts liés à notre position sociale n’interfèrent dans le jugement, et nous rendent par là même trop partiaux). D’après lui, deux principes semblent pouvoir être universellement admis : 1) Chacun doit pouvoir disposer **de manière égale** du plus grand nombre de **libertés** possibles compatibles entre elles (si bien que la liberté apparaît bien comme le 1er objectif à rechercher, contrairement à ce qui est défendu dans le totalitarisme.) 2) Certaines inégalités sont possibles, _si et seulement si_ a) Elles sont attachées à des positions sociales ouvertes en droit à tous (contrairement à la société d’ordre de l’Ancien Régime) b) elles sont à l’avantage de tous, et notamment des plus défavorisés (permettant par ex. de produire des richesses, et par là même de développer une politique de redistribution) NB- En somme Rawls défend ici ce qu’on a pu qualifier de « démocratie sociale » (cf Gauchet), modèle devenu dominant en Europe dans la 2ème partie du XXème. (reposant sur l’Etat-providence avant sa contestation par le néo-libéralisme etc. – d’ailleurs Hayek s’était lourdement opposé à Rawls …) Ainsi la justice peut apparaître comme l’idéal à rechercher au sein de la cité (auj. de l’Etat): établir un ordre juste, permettant à chacun de vivre en paix avec l’autre, de répondre à ses besoins fondamentaux, et de s’épanouir selon ses choix de vie. Tel est ce qu’on pourrait appeler le Bien commun. ### **IV-** **Le devoir : accomplir son devoir, est-ce renoncer à la sa liberté ?** [[devoir]] ensemble d'obligations découlant de la vie sociale en fonction des rôles que l'[[individu]] occupe [[Émile Durkheim]] : > « quand je m'acquitte de ma tâche de frère, d'époux ou de citoyen, quand j'exécute les engagements que j'ai contractés, je remplis des devoirs qui sont définis, en dehors de moi et de mes actes, dans le droit et dans les mœurs » Les devoirs proviennent de la [[morale]] sociale, ils ne sont donc pas forcément justes. Nous sommes libres de les accomplir ou non en fonction de notre [[conscience]] [[morale]]. ex : [[le procès d'Eichmann]] Le devoir est donc une obligation que l'on s'impose à soi ex : mes parents qui croient qu'ils sont forcés d'adopter une certaine posture. diff de [[contrainte]] Mais les obligations que nous nous imposons sont-elles tjrs justes ? [[Jean-Jacques Rousseau]] : Oui, notre [[conscience]] est juge infaillible du Bien et du Mal [[Emmanuel Kant]] : [[L'impératif catégorique]] [[Benjamin Constant]] : [[Conséquentialisme]] [[Max Weber]] : [[éthiques de l'action politique]] Au final, il n'existe pas de morale parfaite permettant de faire tout le temps les meilleures actions. Les êtres humains sont tiraillés entre leurs [[désirs]], leurs [[valeurs]] et leurs intérêts. Freud : le principe réalité fait que c'est compliqué [[expérience]] de la vie doit alors, de part sa difficulté, nous faire aboutir à une plus grande sagesse [[contrainte]] imposée à notre volonté par la force Le devoir pourrait être défini de prime abord comme un ensemble d’**obligations** découlant de la vie sociale, en fonction des fonctions que l’individu y occupe cf. **Durkheim** « quand je m'acquitte de ma tâche de frère, d'époux ou de citoyen, quand j'exécute les engagements que j'ai contractés, je remplis des devoirs qui sont définis, en dehors de moi et de mes actes, dans le droit et dans les mœurs ». Autrement dit les devoirs renverrait à la **morale sociale**, qui apparaît changeante en fonction de l’espace et le temps. Or ce n’est pas parce que ces devoirs sont posés comme tels qu’ils sont **justes** pour autant, et l’homme a en réalité toujours la possibilité de les accomplir ou pas selon l’appréciation qu’il en a au moyen de sa **conscience morale** (ex le cas Eichmann vu plus haut…) Et en cela le devoir apparaît comme une obligation que l’on s’impose à soi même, on _**s’oblige**_ au lieu simplement d’être obligé. D’où la différence entre **contrainte** et obligation : la contrainte s’impose à la volonté notamment par la force (par ex quelqu’un me force à lui donner mon argent en me menaçant par un couteau) tandis que à travers l’obligation, on s’impose à soi-même une certaine conduite (ex je décide de suivre ce que le règlement a établi parce que j’en reconnais le bien-fondé) Or commet savoir ce qu’il est juste ou bien d’accomplir ? Notre conscience morale est-elle toujours comme le souligne **Rousseau** juge infaillible du Bien et du mal ? Ne peut-on pas précisément subir des cas de conscience ? Comme va l’expliquer **Kant** à travers ce texte sur la promesse, la **raison pratique** peut intervenir pour éclairer ce que l’on _doit_ faire. Kant nous donne l’exemple dans ce texte d’un individu dans le besoin qui est poussé à emprunter de l’argent, tout en sachant qu’il ne pourra pas rembourser celui-ci. Il s’apprête alors à faire une fausse promesse à un homme, ad à lui **mentir**, or sa **conscience morale** le conduit à se demander si une telle action est **juste** ou non. [[impératif hypothétique]] proche du [[réalisme politique]] de [[Nicolas Machiavel]] "la fin justifie les moyens" Agir par [[égoïsme]], par intérêt personnel, ce n'est pas [[morale]] D’une certaine manière, deux cas de figures se présentent ici : soit mentir et obtenir la somme dont il a besoin, soit dire la vérité et, de fait, ne pas recevoir l’argent (sauf si l’homme en question, par un acte de charité, lui concède malgré tout, ce qui peut sembler peu probable…) Dans le premier cas, l’action sera animée par ce que Kant appelle un  **impératif hypothétique,** c’est-à-dire l’habilité à parvenir à un but donné, en mobilisant les moyens adéquats : « _si_ tel est ton but, _alors_ utilise les moyens appropriés pour y parvenir », ce qui reviendrait à dire : « la fin justifie les moyens ». Or une telle action n’est pas morale, car elle est motivée, comme dit Kant, par la prise en compte du seul **intérêt personnel**, ou encore par **l’amour de soi** (qui renvoie ici à l’**égoïsme**, le fait d’accorder de l’importance à son seul moi au détriment des autres, concept qu’il prend dans un sens différent de Rousseau, distinguant quant à lui l’amour de soi, positif, de l’amour propre, négatif, nous reverrons ceci par la suite). [[L'impératif catégorique]] On va regarder la qualité de l'intention et non pas ses conséquences. [[Conséquentialisme]] [[Benjamin Constant]] = si un meurtrier recherche mon ami, est-ce que je dois lui dire où il est ? Non c'est immoral de le faire, il vaut mieux mentir que livrer son ami à la mort [[Jankélévitch]] : pareil pour les personnes juives et la Gestapo En + faire cela nous mettrait dans la panade vis-à-vis du droit Or n’y a-t-il pas le risque de tout justifier après coup et de sombrer dans l’opportunisme, au risque de légitimer l’immoralisme ? Or que serait dès lors une action morale ? Celle qui serait soumise à ce que Kant appelle **l’impératif catégorique** qu’on pourrait formuler de la manière suivante : « agis toujours de telle manière que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle de la nature », ce que, dans les sagesses traditionnelles, on entendait par « ne pas faire à autrui ce qu’on ne faudrait pas qu’il nous fasse. Dans cet exemple précis : voudrait-on, lorsque l’on emprunte de l’argent, que tous se mettent à faire de fausses promesses (y compris à notre encontre ?). La réponse est non, car cela rendrait caduque toute promesse, puisque plus personne ne serait capable d’accorder sa confiance. Ad pour Kant, une action est morale si et seulement si elle réussit « le **test d’universalisation** ». Car la morale est universelle ou ne l’est pas ; dire que chacun aurait « sa » morale, compte tenu de ses intérêts, conduirait à accepter au final n’importe quel principe. Dès lors, ce ne sont pas les conséquences de l’action qui doivent être prises en compte pour évaluer moralement l’action, liées aux circonstances changeantes, ou aux intérêts de l’individu, mais bien la **qualité de l’intention** (même si, comme le précisera Kant, les actions morales sont souvent réalisées conformément au devoir, plus rarement par pur devoir, pure intention d’accomplir la loi morale en soi). Par extension, il importe donc toujours d’après Kant de dire la vérité, d’être « **vérace** ». Il s’agit d’un impératif absolu, **inconditionnel**, émanant de la **raison pratique** et devant être suivi par tout homme au nom de la **dignité humaine**, du respect que l’on doit à l’humanité, présente en soi-même comme en les autres hommes. Pourtant dire la vérité en toutes circonstances ne peut-il pas parfois produire plus de mal que de bien ? Une telle approche a été critiquée par B. **Constant** (cf. Le droit de mentir) à partir d’un exemple célèbre : si un meurtrier recherche mon ami, et que je sais où il se trouve, dois-je lui dire la vérité ? Selon l’approche kantienne oui, puisque ce devoir est indépendant des circonstances, des mobiles sensibles, il s’agit simplement de le respecter (morale **déontologique**). Constant montre que cette règle morale devient ici immorale, car elle conduit à livrer son ami à la mort. Or si le devoir a pour réciproque le droit, ce meurtrier a-t-il droit à la vérité ? Un tel exemple sera repris d’une manière plus tragique au XXème siècle par **Jankélévitch** : si des personnes juives durant la 2GM se cachent dans notre cave et que des membres de la Gestapo frappe à notre porte et nous demandent où ils se trouvent, dire la vérité ici conduirait au mal : livrer des innocents à des individus dépourvus d’humanité. De même si nous avons le devoir de dire la vérité, cette personne **a-t-elle le droit de la recevoir** compte tenu de sa qualité (un membre de la Gestapo est-il assez **vertueux** pour bénéficier de cette vérité ? La réponse est non) Le mensonge ici pourrait donc apparaître, sous certains aspects, plus moral que la vérité, en fonction des **conséquences** qui en découleraient. La morale ici ne serait donc plus déontologique - **appliquer son devoir coûte que coûte, indépendamment du contexte** - mais **conséquentialiste :** il s’agirait d’ajuster les principes selon les implications concrètes de ceux-ci. Or n’y a-t-il pas le risque de tout justifier après coup et de sombrer dans l’opportunisme, au risque de légitimer l’immoralisme ? [[éthiques de l'action politique]] - [[Le savant et le politique]] Dans l’analyse wébérienne, le principe de la politique comme cause à défendre débouche nécessairement sur deux types d’éthique qui structurent l’action politique : - l’éthique de la conviction - l’éthique de la responsabilité La première éthique peut être résumée par l’énoncé chrétien : « *Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action, il s’en remet à Dieu* » (p. 206). [[La morale kantienne]] -> peut avoir des conséquences désastreuses Quant à l’éthique de responsabilité, [[Max Weber]] la résume ainsi: « *Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes* » (p. 206). -> peut conduire à de l'opportunisme et à la fragilisation des [[valeurs]] Puisque les gestionnaires des États modernes sont plus que jamais confrontés à la question de la violence (l’État détient le monopole de la violence légitime), *l’homme politique, c’est celui qui est capable d’allier les deux éthiques et reconnaitre lors des crises son échec*. C’est celui qui, en étant convaincu et passionné, arrive à pratiquer l’éthique de responsabilité et déclarer : « Je m’arrête là ! ». Pour [[Max Weber]], ces deux éthiques sont complémentaires. Elles « constituent ensemble l’homme authentique, c’est-à-dire un homme qui peut prétendre à la vocation politique ». NB- Max **Weber** reprendra une telle réflexion en distinguant ce qu’il appelle **l’éthique de la conviction** de **l’éthique de la responsabilité,** donnant lieu, chacune, à des dérives possibles. La première consiste à respecter scrupuleusement des principes selon ses convictions, or celles-ci, bien qu’étant **sincères**, en conduisant au dogmatisme ou au fanatisme, peuvent avoir des conséquences désastreuses (ex le pacifisme sous la 2GM qui conduit à accepter la domination de l’occupant, voire à collaborer.) L’éthique de la responsabilité invite à ajuster ses principes selon les conséquences, or cela peut conduire à l’opportunisme et à la fragilisation des valeurs (ex la démagogie par un homme politique.) On le voit, contrairement au domaine de la [[connaissance]], le domaine de l’action rend difficile la définition de principes nécessaires et universels, qui permettraient à tout moment de prendre la bonne décision. L’homme se voit alors tiraillé entre ses valeurs, ses intérêts, ses désirs, le rapport aux autres et comme le dit Freud le principe réalité qui s’impose à lui, parfois d’une manière **tragique** (ex .de Sartre : homme qui doit choisir entre rester avec sa mère seule ou s’engager dans la Résistance) C’est en cela que les expériences de vie, pour douloureuses qu’elles soient, peuvent donner lieu, à condition d’être réfléchies, à une plus grande **sagesse.**