*** ### Bibliographie ## Concepts importants ### Chap. VII- Le langage- l’Art Comme nous l’avons vu, l’homme est un être conscient, qui se représente le monde et lui donne sens. Or l’homme n’est pas un individu isolé, il vit en communauté et partage ses pensées avec les autres grâce à la faculté de langage. Or ce langage permet il de tout dire ? 2 axes : Il s’agira dans un 1er temps de comprendre les spécificités du langage humain et ses limites. Puis voir dans un 2ème temps en quoi à travers l’Art, l’artiste essaie de dépasser les limites du langage usuel, animé par un idéal de beauté ; on s’interrogera alors sur la relation esthétique s’instaurant entre un créateur et un spectateur. . #### I- Le langage : Peut-on tout dire ? ##### 1-Spécificité du langage humain [[langage]] = faculté d'exprimer sa pensée, de la communiquer mais aussi de nommer la [[réalité]], de la signifier. -> établir un système de signes être humain n'est pas le seul à avoir un langage, les animaux en ont aussi. ex : la danse des abeilles [[Émile Benveniste]], langage chez l'être humain = comprendre + interpréter selon situation. On réagit à des signaux Le langage renvoie ainsi à la faculté permettant d'exprimer sa pensée, de la communiquer, mais aussi de désigner une réalité donnée (nommer les choses), de la signifier ; plus largement d’établir un système de signes. Or l’’homme est-il le seul à disposer du langage ? Il semblerait, à observer les animaux, que eux aussi disposent d’une telle faculté (par ex. le chien qui aboie pour avertir du danger, le chat qui miaule lorsqu’il a faim ou ronronne lorsqu’il éprouve du plaisir à être caressé...). A cet effet, Von Frisch avait étudié le phénomène qu’on a qualifié de « danse des abeilles » : lorsqu’une abeille trouve une source de pollen, elle se met à produire une suite de mouvements ressemblant à une danse, s’approchant alors des autres abeilles. Celles ci vont alors à leur tour réagir au signal de "la danse", sortant de la ruche et trouvant très précisément la source de pollen. Il y a donc ici une suite de réactions à des stimuli, qui, dans les mêmes circonstances, sont produites par tous les membres de l’espèce, cette communication reposant ici sur l’instinct. Certes l’homme aussi réagit à des signaux (ex sortir immédiatement de la salle lorsque la sonnerie retentit...) or, comme le dit le linguiste [[Émile Benveniste]], le langage humain consiste aussi à répondre à des signes qu’il s’agit de comprendre et interpréter pour en saisir le sens (ce qui suppose l'apprentissage d'un code : la langue). ex. si je dis "quel idiot" : cela peut signifier selon le contexte « quel imbécile » (ce qui suscitera la colère de l’interlocuteur) ou « quel plaisantin » (ce qui provoque une forme de complicité), voire « quel individu bien particulier » (faisant preuve d’une grande idiosyncrasie...). [[signe]] [[Saussure]] = il est institué dans la société et nécessite un apprentissage pour le décoder et le contextualiser. Il est constitué d'un signifiant (ex : suite de sons) et d'un signifié (l'objet ou [[concept]] auquel il fait référence) pas de lien naturel entre le signifiant et le signifié, c'est une pure construction sociale et historique. Le signe est donc institué et nécessite apprentissage ce qu’explique [[Saussure]], grand linguiste suisse (cf texte p. 220). [[Saussure]] montre dans ce texte que le signe présente une double face : un signifiant, cad une suite de sons (des phonèmes) pour le langage oral, ou suite de lettres pour le langage écrit, et un signifié (cad l’objet ou le concept d’objet auquel il est fait référence). Comme le dit [[Saussure]], le signe est arbitraire : il n’y a pas de lien naturel entre le signifiant et signifié, simplement un lien conventionnel cad que l’on a convenu au sein d’une communauté linguistique donnée que telle suite de sons signifiait telle chose ; une telle convention étant devenue usage au fil du temps, tout en subissant des altérations avec l’évolution de la langue. Ex. La suite de lettre arbre en français désigne cet être végétal que je contemple dans le champ, alors qu’en anglais ce sera tree, en italien albero, Baum en allemand etc. [[Saussure]] répond ici à un débat déjà soulevé par Platon dans son dialogue le Cratyle sur l’origine du langage, où Cratyle soutenait que les noms imitent la nature, tandis que pour Hermogène il ne s’agissait là que d’une convention. [[dialogue]] = échange de [[signe]]s présents dans un même [[langage]]. Dialogue n'est pas prédéterminé mais laisse le champ au [[contingent]] et parfois à la mécompréhension (ex : [[quiproquo]]) En parlant, l’homme échange des signes, donc du sens, ce qui rend possible le dialogue ; un dialogue qui n’est pas déjà prédéterminé mais laisse le champ à l’inattendu, la nouveauté, la mécompréhension également etc. 3 éléments à distinguer [[langage]] -> faculté reposant sur des conditions biologiques présentent dès la naissance mais nécessitant une activation (apprentissage) lors de la [[Socialisation primaire]] [[langue]] -> produit du [[langage]], processus historique et social propre à une communauté qui vise à établir un ensemble de [[signe]]s (un langage). Cette langue est imposée à l'individu lorsqu'il apparaît dans la communauté car il est forcé de l'apprendre pour survivre avec les autres, ou au moins pour simplifier grandement sa vie. Chaque signe est porteur de sens et l'être humain va les combiner pour former des [[concept]]s qui vont dire beaucoup de sens en même temps. Ex : oiseau + machine + moteur... = avion Au lieu de tout décrire, on utilise des concepts comme ça. Ces concepts peuvent être associés à des images dans notre esprit D'abord, on a utilisé le langage oral mais comme il sollicite beaucoup la [[mémoire]], il était impossible de se rappeler de tout. Lorsqu'il a été nécessaire d'administrer l'État, de compter beaucoup de choses lors de commerce, le langage écrit est apparu et s'est institutionnalisé. Les linguistes distinguent donc en réalité 3 éléments en lien avec le langage : a) Le langage comme faculté, qui renvoie à cette capacité dont dispose tout homme en tant qu'homme. Ad il repose sur des conditions biologiques, fruit de l'évolution (cordes vocales, langue détachée, larynx, pharynx et surtout activités de certaines aires cérébrales, parmi lesquelles l’aire de Broca). Or cette faculté existe à l'état de potentialité à la naissance, et a besoin d'être "activée" grâce à l'apprentissage d'une langue. (Cf l’enfant sauvage qui ne parle pas...) b) La langue, qui renvoie au produit social du langage, c.a.d. à un ensemble de signes conventionnels (mots), propres à une communauté linguistique donnée. La langue, explique [[Saussure]], constitue un véritable système dont on ne peut sortir: chaque mot est en relation avec un autre (pour définir un mot, on a besoin d'autres mots...) et qui s’impose de prime abord à l’individu (avec sa logique, ses règles - d’orthographe, de grammaire, de syntaxe...) ; un système toutefois dynamique car la création de nouveaux mots est possible, le propre du langage humain étant justement d'être plastique, inventif. Le sens naît à l'intérieur de ce système-langue : en articulant des sons les uns avec les autres (phonèmes), se créent des unités de sens (monèmes), qui, en se combinant, donne des mots, lesquels en s'associant donnent des phrases, puis des discours... NB. Langage a d'abord été oral (lié aux besoins, dangers) or celui-ci sollicite énormément la mémoire, d'où des déformations, des oublis. L’apparition du langage écrit, qui fixe le sens sur des supports, va être la condition du progrès de la [[connaissance]]. [[Parole]] renvoie à l'usage individuel du [[langage]] l'appropriation individuelle de la [[langue]] (accent, intonation, vocabulaire, [[capital culturel incorporé]]) Elle se développe avec la [[socialisation]] Nécessaire pour le développement de l'enfant : - plan affectif = permet de tisser des ponts avec les autres et lui permet d'intégrer le monde commun de sa communauté -> comprendre le sens de la [[langue]] - plan mental = va raconter, se raconter, développer son imagination en évoquant des objets absents, va interagir avec les autres. Nécessaire pour le développement de sa réflexion. Langue des signes = grande avancée sinon les enfants avaient un grand retard d'intelligence puisqu'ils comprenaient pas trop le monde (concepts abstraits surtout) - [[Aristote]] : grâce au [[langage]], l'être humain peut exprimer le juste et l'injuste, l'avantageux et le désavantageux -> animal politique c) La parole, qui renvoie à l'usage individuel de la faculté de langage, à l'appropriation individuelle de la langue (parler plus ou moins fort, avec un vocabulaire plus ou moins riche, un accent plus ou moins prononcé...) Le cheminement vers la parole commence dès la naissance: le bébé baigne dans un environnement sonore, il exprime lui-même des sons (il babille, gazouille...), puis, par accoutumance à ce qu’il entend et imitation, il va reproduire sons dominants de sa communauté linguistique (1er mot: 10/12 mois, puis progrès constants jusqu’à 2 ans) NB Le fait d'accéder à la parole est fondamental pour le développement de l'enfant: -sur le plan affectif, cela lui permet de tisser un pont avec son entourage ; il peut alors prendre part au "monde commun" qui est un monde de sens -sur le plan mental: il va raconter, se raconter (cela participe au développement de sa mémoire), va pouvoir évoquer les objets en leur absence (développement de l’imagination) , va être sollicité par les questions de son entourage ( d’où le développement de sa réflexion) Ad l’acquisition du langage est un moment fondamental dans le développement de son intelligence ( on comprend dès lors mieux en quoi par le passé, en l’absence de langage des signes, la surdité entraînait le mutisme et un retard en terme d’intelligence puisque les connaissances abstraites ne pouvaient être transmises). Ainsi le langage humain présente des spécificités, ce qu’avait déjà noté Aristote : alors que l’animal possède la voix lui permettant d’exprimer le plaisir et la peine, l’homme dispose de la parole lui permettant d’exprimer l’avantageux et le nuisible, le juste et l’injuste (faisant de lui un animal politique). ##### 2- Langage et pensée [[pensée]] exprimée par le [[langage]] [[langage]] permet d'exprimer la [[pensée]] [[interaction langage-pensée]] [[Descartes]] imaginait que la pensée primait sur le langage, qui n'était qu'un simple outil Il pensait que seuls les êtres humains pensaient Mais [[Platon]] = pensée est un dialogue intérieur. Nous avons besoin d'un langage pour réfléchir, nous réfléchissons avec notre [[langue]]. Le langage permet d’exprimer la pensée, or cela tend à suggérer que la pensée serait première et que le langage viendrait après, comme outil au service de celle-ci. On retrouve cette conception chez Descartes: le langage permet d’extérioriser la pensée qui est intérieure, et en ce sens seuls les hommes parlent, car eux seuls pensent (Descartes donne l’ex du perroquet qui selon lui ne parle pas, car il ne comprend pas le sens de ce qu’il exprime ; il dispose simplement d’une grande habilité à reproduire des sons). Or pourrait-on penser sans langage (penser ici au sens de réfléchir ?). Comme le disait déjà Platon, "la pensée est un dialogue intérieur et silencieux de l'âme avec elle-même", ad. on pense avec des mots ; penser c’est se parler à soi même (d’où cette voix de la conscience...). Or on pense dans une langue particulière, celle que nous avons apprise. Dès lors, ces mots à notre disposition, permettent-ils d'exprimer correctement nos pensées individuelles? [[mot]] [[Henri Bergson]] - [[Le rire]] étiquettes générales collées sur des choses. Ne permet pas d'exprimer la singularité de la [[réalité]] ex : je suis triste mais triste comment ? chagriné, mélancolique, nostalgique, déprimé... -> explique l'apparition de la poésie qui joue avec les mots pour dépasser les limitations imposées et créer de nouveaux sens -> même chose pour l'art qui tente de dépasser les mots (ex : la musique) -> la philosophie elle-aussi essaye de les dépasser en inventant des néologismes pour gagner en précision face à la réalité Problèmes des mots : - indicible = réalité qui ne peut être décrite - inefables = [[expérience]]s qui ne peuvent pas être traduisibles en mots ex : rescapé d'un [[Camps de concentration]] Comme l’explique Bergson dans son ouvrage Le rire, (cf. texte p. 231) les mots sont des étiquettes générales collées sur les choses ; en cela ils sont trop vagues, trop communs pour pouvoir exprimer la pensée individuelle dans ce qu'elle a de singulier, et notamment les états d’âme. ex. Auj. je suis triste: or que faut-il entendre par triste ? Il y a mille et une façons de l'être (chagriné, mélancolique, nostalgique, déprimé...) Cette difficulté explique justement l’apparition de la poésie : les poètes jouent avec la langue afin justement de "déjouer" celle-ci, dépasser les limitations qu’elle nous impose, d'où le travail sur les sons, le rythme, les figures de styles, afin de faire jaillir du sens. Plus largement, l’art peut apparaître comme une tentative par l’artiste d’aller au delà les mots convenus (on le voit à travers la musique où l’émotion transparaît immédiatement à travers les sons) et en cela l’art constitue une forme de langage (qui demande aussi à être interprété , mais avec peut-être encore plus de difficultés car il manque parfois des codes communs comme nous le verrons plus loin...) Il en est de même en en philosophie où l’on use parfois de néologismes afin de décrire au mieux la réalité complexe à laquelle se confronte le penseur, ou encore définir toujours plus précisément les concepts, comme si le langage usuel faisait obstacle au sens. Dès lors, pour Bergson, il y a de l'indicible (des réalités qui ne peuvent être dites) ou encore de l'ineffable (des expériences qui ne peuvent être traduites en mots, et donc transmises). Par ex. le mystique qui use de la poésie pour tenter de traduire son expérience du divin ou encore le rescapé des camps de concentration qui ne peut exprimer l’horreur qu’il a vécue tant elle est hors du commun. [[pensée]] [[Nietzsche]] - [[Le Gai Savoir]] Comment les [[mot]]s nous viennent de la société, que nous les avons appris, ils sont loin de refléter notre individualité. Question : - peut-on penser par soi-même avec les mots des autres ? Nb - Nietzsche dans le Gai savoir explique ces limitations du langage par le fait qu’au départ, le langage avait pour fonction d'exprimer des besoins ou passions communes. Ad. il est nécessairement commun, trop commun en son essence même. Dès lors, notre pensée consciente (celle qui se pense avec des mots) loin d'être individuelle, porterait en réalité la marque du "groupe", présenterait un aspect communautaire ou encore "grégaire", puisqu’on pense avec les mots des autres (dès lors peut-on penser par soi-même si à chaque fois les mots communs simplifient, travestissent ma pensée profonde?) [[interaction langage-pensée]] pensée sans langage = obscure qui nous enferme Important de mettre les [[mot]]s sur ce que l'on ressent ou voit sinon on souffre. Benveniste, langage et pensée sont finalement les deux faces d'une même médaille: langage est pensée extériorisée, pensée est langage intériorisé Il existe une interaction entre les deux, ils se développent ensemble Toutefois que serait une pensée sans langage? Loin d'être profonde, ce serait une pensée obscure qui nous enferme. Comme le montre Freud, tant qu'on ne met pas des mots sur nos maux, on en souffre, on en reste prisonniers, d’où, à travers la [[psychanalyse]], thérapie fondée sur la parole, l’accès au sens caché des symptômes qui passe par une verbalisation toujours plus fine. Le langage permet alors de prendre des distances face à soi-même et par là même de reprendre pouvoir sur soi (ex les jeunes qui basculent dans la violence sont souvent « pauvres en mots » ; ne disposant pas du vocabulaire pour traduire leurs émotions, ils se laissent emporter par celles-ci, sans médiation. Ainsi, tout se passe comme si la pense demandait à être formulée pour être pleinement pensée justement ("ce qui se conçoit bien s'énonce clairement") Comme le montre Benveniste, langage et pensée sont finalement les deux faces d'une même médaille: langage est pensée extériorisée, pensée est langage intériorisé; les deux se développent de pair et l'une ne va pas sans l'autre. ##### 3 - Langage et réalité [[langage]] permet de décrire la réalité mais agit comme si les choses étaient organisées, définies de toute éternité et que le langage viendrait juste après pour décrire tout ça Pourtant les [[langue]]s contredisent ça : certaines choses ne sont pas décrites dans certaines langues et lorsqu'on traduit, on perd une partie du sens (traduction est un peu une trahison) ex : les Inuit disposeraient de plusieurs dizaines de mots pour décrire la neige Langage oriente notre [[perception]] de la réalité, en induit une certaine compréhension ([[épistémologie sociale]], [[colonialité du savoir]]) -> joue un rôle majeur dans notre conception du monde Très visible dans la politique, les sophistes l'avaient bien compris. ([[Socrate et les sophistes]]). On peut présenter le monde d'une certaine manière pour faire passer une idée. ex. qualifier les personnes âgées de « vieilles » de « séniors » n’exprime pas le même rapport à celles-ci... Avec les [[mot]]s, on peut faire apparaître une nouvelle réalité ex : déclarer que ces personnages sont unis pour la vie, crée des liens imaginaires dans les esprits et induits certains comportements dans la vraie vie [[Émile Benveniste]] : *la [[culture]] est un monde symbolique* Le langage permet de désigner la réalité cad de nommer les choses. Or cela tend à suggérer que les choses seraient bien établies, définies, organisées de toute éternité, et que le langage viendrait ensuite. Pourtant, lorsque l'on observe les différentes langues, on découvre que c'est loin d'être le cas. Le lexique des langues diffère, et l'on ne trouve pas forcément de mot correspondant lorsque l'on passe de l'une à l'autre (d'où cette idée que la traduction est toujours quelque peu trahison – « Traduttore, traditore ») ex. les Inuits disposeraient de plusieurs dizaines de mots pour décrire la neige... ou encore un linguiste, Martinet, explique qu’il existe un mot en vieux gallois, le « glas », renvoyant à une couleur au croisement du bleu et du vert, difficilement traduisible dans les autres langues. Ad le langage n’est pas un calque de la réalité, mais présente la réalité d'une certaine manière; il oriente notre perception du monde, induit une précompréhension du monde, et donc conditionne notre conception du monde. Le langage est en ce sens toujours interprétation du monde (« dire qq chose de qq chose c'est déjà dire autre chose » disait Aristote) Ce pouvoir du langage consistant à présenter la réalité d'une certaine manière avait bien été compris par les Sophistes. Dire les choses, c'est les présenter sous un certain aspect et par ce biais induire une certaine conduite à leur encontre. Cela est particulièrement visible dans le domaine du politique ex. qualifier les personnes âgées de « vieilles » de « séniors » n’exprime pas le même rapport à celles-ci... Enfin le langage peut être aussi créateur d’une réalité. A cet effet, le linguiste Austin a mis en lumière le caractère performatif du langage: dire c'est faire. Par ex. « je vous déclare unis par les liens du mariage » ou encore « le tribunal vous condamne à deux ans de prison ». A travers cette formulation, une nouvelle réalité apparaît : le fait d’être marié pour deux individus ou de devenir prisonnier pour l’autre. Par extension, on pourrait dire que le monde social est érigé à partir du langage; c'est en ce sens, comme le précise Benveniste à la fin du texte, que la culture est un monde symbolique. Or le langage présentant des limites malgré sa plasticité, l’art a pu apparaître comme une autre manière d’exprimer l’indicible. #### II- L’art est-il un langage ? ##### 1- La création artistique : qu’est-ce qu’un artiste ? ###### a) Artiste et artisan [[Art]] = du latin [[technique]], savoir-faire -> artisan et artiste qui maîtrisent un art ex : les beaux-arts, les arts ayant pour finalité le beau (architecture, sculpture, peinture, musique, poésie, danse...) -> mais en quoi un art est-il assez « noble » pour être qualifié de beaux-arts ? -> artisan et artiste, la différence est si grande que ça ? Comme son étymologie l’indique, Le terme art provient du latin ars (artis) signifiant littéralement technique, savoir-faire. Il est l’équivalent du terme grec techne ; d’où en français les mots artifices (produits de l’art) mais aussi artisan et artiste, tous deux maîtrisant un art. C’est en ce sens qu’on peut parler d’un art martial, d’un art culinaire ou encore d’un art pictural Or dans son sens moderne, art fait davantage référence aujourd’hui à ce qu’on appelle les beaux- arts, c.a.d les arts ayant pour finalité le Beau. Parmi les beaux-arts, on classe l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la poésie, la danse (plus largement les arts de la scène), le cinéma (septième art), puis d’autres arts autrefois jugés « mineurs »qui s’ajoutent : photographie, voire BD (ajout donnant lieu à des débats : au nom de quoi considère-t-on un art comme assez « noble » pour être qualifié de beaux-arts ?) La branche de la philosophie qui s’interroge sur l’art s’appelle l’esthétique (aisthesis : théorie des sensations). Or en quoi l’artiste se distingue-t-il de l’artisan qui lui aussi maîtrise un art ? Et une telle distinction est-elle si tranchée que cela? *** [[poïesis]] activité de fabrication matérialisant la [[théorie aristotélicienne de la causalité]] artisan et artiste ont le même processus [[distinction artisan et artiste]] **artisan** fabrique un objet en plusieurs exemplaires dans un but utilitariste Fabrique un objet dans le cadre de son métier avec des règles qu'il a apprise dans un objectif pécunier **artiste** crée un objet singulier qui est une fin en soi : -> être contemplé -> critiqué -> admiré produit un plaisir dû à son esthétique Artiste est très libre dans sa création, peut être autodidacte et le faire sans objectif lucratif Vision de l'artiste idéalisée comme un être libre pouvant créer ce qu'il veut (construction sociale récente car avant, [[censure]] de l'Église et du pouvoir politique très forte) MAIS : belle cathédrale pour rassembler les fidèles ? Artisan et artiste sont très liés jusqu'à la Renaissance. Ils sont tous les deux chargés d'imiter (la nature, les traditions...) Ils ne sont pas très libres du tout Tout d’abord tous deux s’adonnent à une activité de fabrication (poïesis) consistant à donner une forme (cause formelle) à une matière (cause matérielle), grâce à un savoir-faire (cause efficiente), selon un projet (cause finale). Ainsi, à partir de ce marbre, l’artiste sculpte la silhouette de la déesse grâce à son savoir-faire afin d’obtenir une statue destinée à rendre hommage à la protectrice de la cité. L’artisan ébéniste procède de même en fabriquant à partir de ce bois un meuble. Pourtant, de nos jours on tend à distinguer les deux : d’une part, l’artisan fabrique un objet en plusieurs exemplaires. De tels objets sont utiles ; ils sont des moyens pour une fin donnée (ex. la chaise sert à s’asseoir) tandis que l’artiste crée un objet singulier (il n’y a qu’une seule Joconde) qui a sa fin en lui-même : être contemplé, questionné, admiré etc. , suscitant alors un plaisir qu’on appellera esthétique. Pourtant la belle cathédrale ne sert-elle pas à regrouper les fidèles pour prier ? La pièce de théâtre à éduquer, le roman pour faire passer un message politique etc. ?). D’autre part, l’artisan fabrique son objet dans le cadre de son métier en suivant des règles qu’il a apprise, et pour lequel il touche une rémunération. L’artiste crée de manière plus libre, quitte à transgresser les règles, donnant libre cours à son imagination dans le cadre d’une activité plaisante (qui n’exclut pas la souffrance nous le verrons). Or cette vison idéaliste de l’artiste, s’adonnant à l’art en quête de pure beauté, s’affranchissant des règles pour donner libre cours à son inspiration est une construction moderne (XVIIIème puis XIXème siècle). En effet, pendant la plus grande partie de l’Histoire, le travail de l’artiste a été muselé par un certain nombre de contraintes, parmi lesquelles celle de l’imitation : imitation de la nature et imitation des Anciens. ###### b)- Artiste et réalité [[art doit représenter la nature]] [[Aristote]] : plaisir à imiter la [[Nature pour Aristote]] Il ne faut pas juste imiter mais plutôt chercher à représenter l'essence des [[êtres pour Aristote]] représenter la nature = s'inspirer de la force créatrice de la nature, vue comme la perfection. Recherche la [[beauté pour les Grecs]] [[Friedrich Hegel]] > Beau est la manifestation sensible du Vrai Tout ça se retrouve dans les sculptures grecques où le corps humain est représenté dans sa perfection [[beauté pour les Grecs]] mesure, harmonie proche de la [[Nature pour Aristote]] Cette conception de l’imitation de la nature se retrouve chez Aristote. Comme il l’explique, il y a comme point de départ dans l’art un plaisir ressenti par l’artiste à imiter la nature (cf. les premières peintures sous la Préhistoire représentant des scènes de chasse ou encore les dessins des petits enfants). Aristote préconise d’ailleurs une telle imitation de la nature, qui ne doit pas être comprise comme une simple copie de la réalité (d’une manière naturaliste) mais qui consiste à représenter (c’est-à dire rendre présent, sous une autre forme) une réalité donnée dans son essence même. Plus largement imiter la nature, c’est s’inspirer de la force créatrice de la nature, qui est prise comme modèle de perfection. C’est parce que la beauté est présente dans la nature comprise comme cosmos - beauté faisant alors référence à la mesure, à l’harmonie, aux justes proportions -qu’il convient de contempler cette réalité ordonnée (et la connaître) pour mieux la reproduire dans l’œuvre. D’une certaine manière, comme le dira Hegel par la suite, le Beau est la manifestation sensible du Vrai. Une telle conception se retrouve dans l’art grec par excellence, la sculpture, où le corps humain y est représenté dans sa perfection même ; chaque partie étant en juste proportion par rapport aux autres. [[critique de l'art comme simple représentation de la nature]] [[Platon]] dévalorise tout ça En effet, imitation de l'artiste n'est qu'une imitation d'une imitation Par ex. le lit peint par l’artiste est une imitation du lit réel fabriqué par l’artisan qui est lui-même une reproduction imparfaite de l’idée de lit ([[théorie aristotélicienne de la causalité]]) Critique le pouvoir de l'artiste car très bon artiste peut faire montrer le Faux comme Vrai et nous détourner de la [[vérité pour Platon]] -> Il les /ban lorsqu'il souhaite [[instaurer la République de Platon]] [[art doit représenter la nature]] Aristote pas du tout d'accord Art peut = [[connaissance]] si, et seulement si, il suit des règles super strictes ex : théâtre, respect de [[l'unité de lieu]], [[L'unité de temps]] et [[l'unité d'action]] pour que la [[catharsis]] puisse opérer comporter cinq actes jusqu’au dénouement, voir la présence de six éléments : intrigue, personnage, diction, pensée, spectacle, musique etc. NB- C’est une telle compréhension de l’art comme imitation qui lui vaudra à contrario d’être dévalorisé par Platon. L’art de l’artiste n’est qu’une imitation d’une imitation. Par ex. le lit peint par l’artiste est une imitation du lit réel fabriqué par l’artisan qui est lui-même une reproduction imparfaite de l’idée de lit. Mais c’est aussi le pouvoir de l’artiste qui est critiqué : lorsque l’artiste excelle dans son art, il peut produire l’illusion du vrai, ou faire apparaitre comme vrai ce qui ne l’est pas, nous détournant ainsi de la vérité (tels les oiseaux venant picorer les raisins si bien représentés sur la toile de Zeuxis). C’est la raison pour laquelle les artistes (notamment les poètes) sont bannis de la République de Platon, car ils risquent toujours de tromper grâce à leur art. Chez Aristote au contraire, l’art peut avoir valeur de connaissance, à condition qu’il soit fidèle à la nature des choses. Pour cela il doit suivre des règles très strictes, comme il l’explique notamment pour la tragédie, théâtre imitant les « actions nobles ». Pour parvenir à inspirer la terreur et la pitié et que s’opère la [[catharsis]], la tragédie doit répondre à une unité de temps, de lieu, d’action ; comporter cinq actes jusqu’au dénouement, voir la présence de six éléments : intrigue, personnage, diction, pensée, spectacle, musique etc. Autrement dit l’artiste sous l’Antiquité, ne crée pas tout de lui-même ; il doit imiter la nature (sous peine de démesure) ou encore imiter les grands Anciens qui ont su développer leur art en imitant la nature. En ce sens artiste et artisan ne semblent pas pleinement séparés (et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si au MA les peintres appartiennent à la même corporation que les sculpteurs, verriers, plus largement les métiers produisant des ouvrages décoratifs). Sous la Renaissance, Léonard de Vinci ne dira pas autre chose, invitant toutefois l’artiste à se confronter directement à la nature par delà l’enseignement des maîtres, et faisant de la peinture une « cosa mentale » une « chose de l’esprit » relevant des arts libéraux, et non plus simplement des arts mécaniques. [[émergence de la figure de l'artiste]] À partir de la Renaissance, naît l'artiste Il cherche à s'émanciper des règles pour créer du Beau Marqué par la nouveauté et l'originalité -> souhaite dépasser les Anciens qu'il ne considère plus comme la perfection absolue -> souhaite arrêter de simplement imiter la nature puisque c'est impossible d'atteindre la même perfection Acte de création orienté vers le Beau C’est entre la Renaissance et le XVIIIème siècle que la figure moderne de l’artiste va commencer à émerger ; un artiste cherchant à s’émanciper des règles pour créer du Beau ; un beau marqué par la nouveauté et l’originalité , ce qui sous-entend de dépasser l’injonction d’imitation des Anciens (cf. la querelle des Anciens et des Modernes : à quoi bon s’adonner à l’art si la perfection a déjà été atteinte par les Anciens ?), mais aussi de l’imitation de la nature. Comme l’expliquera Hegel: n’est-ce pas une tâche superflue que de chercher à reproduire la nature une seconde fois, d’autant qu’on ne pourra jamais rivaliser avec elle? Ce qui est recherché dans l’art est bien la création d’une belle œuvre (non pas la représentation d’une belle chose mais la belle représentation d’une chose).Or **comment l’artiste, par lui-même, peut-il crée une belle œuvre sans disposer de canons permettant de savoir au préalable ce qui est beau ? C’est qu’il dispose d’un talent inné à créer qu’on appellera le génie.** ###### c)- Le génie [[génie]] [[Emmanuel Kant]], génie = *le talent qui permet de donner à l'art ses règles* Apporte la nouveauté, fait jaillir la beauté de manière inédite Trois caractéristiques du génit : - originalité - exemplarité (originalité devient un modèle) - inexplicable (les causes ayant mené à son existence sont mystérieuses) *alors y'a pas bcp de génies* Cette conception apparaît au 19e, l'artiste est pensé comme hors du commun, nouvelle [[aristocratie]] L'artiste révèle des vérités cachées à travers son art Nous fait avoir une autre perception de la [[réalité]] Même si le rapport à la vérité reste, l'art rejette la [[rationalité]] qui éteint la magie du monde [[Oscar Wilde]] > ce n’est plus tant l’art qui imite la nature que la nature qui imite l’art [[Paul Klee]] > l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ex : la montagne qui était dévalorisée a été progressivement perçue comme mystérieuse et pleine de richesse grâce à la littérature critique de [[Nietzsche]] : -> notre perception du génie comme doté d'un don ne vient que de notre ignorance du labeur nécessaire pour arriver à son niveau. Toute son accumulation de [[technique]]s et son [[travail]] Kant définit le génie comme « le talent (le don naturel) qui permet de donner à l’art ses règles ». Il est ce qui permet à l’artiste de créer du nouveau, d’apporter à l’art de nouvelles perspectives, de faire jaillir la beauté d’une manière inédite. (Et par extension, puisque cette disposition est innée, tout se passe comme si c’était la nature qui donnait ses règles à l’art, par le truchement de l’artiste).Trois caractéristiques se retrouvent chez le génie :l’originalité (en ce sens qu’il n’est comparable à aucun autre), l’exemplarité (son originalité n’est pas absurde, mais devient modèle : en cela il est fondateur d’une nouvelle école), l’inexplicable (le génie ne peut expliquer comment il en est venu à développer son art, qui présente une part de mystère). Une telle idée de génie atteint son acmé auXIXè notamment dans le cadre du romantisme où l’artiste apparaît comme un homme différent du commun (une nouvelle forme d’aristocrate), révélant des vérités cachées grâce à son art (cf. Baudelaire et les correspondances que son imagination, « reine des facultés »,lui fait entrevoir). Le rapport à la vérité demeure, mais relève d’un autre ordre que celui rationnel ou scientifique : l’artiste nous installe dans un autre rapport au monde, loin de la [[rationalisation]] desséchante de la science, qui manque l’énigme du monde. Il y a là un retournement : ce n’est plus tant l’art qui imite la nature que la nature qui imite l’art comme dirait O. Wilde ; grâce à l’artiste nous sommes conduits à voir la nature sous un autre angle, plus profond (comme dira par la suite Paul Klee, « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible »). Par exemple c’est grâce à la peinture ou littérature romantique que la montagne, autrefois connotée négativement, a pu apparaître comme le lieu du grandiose, du dépassement, voire du mystérieux. Or comme le critiquera Nietzsche, cette conception du génie dépositaire d’un « don » n’est-elle pas exagérée ? Cela ne provient-il pas d’une incompréhension quant à la construction de l’œuvre ? En effet, si nous avions assisté à la conception de l’œuvre dans ses différentes étapes, avec ses ratés, ses reculs, ses remises en question, celle-ci apparaîtrait sous un autre jour : davantage le fruit d’un patient travail ayant aiguisé une technique, plutôt que d’un don mystérieux... D’où cette question : est-ce le talent ou le travail (et donc l’assimilation de techniques) qui fait l’artiste ? Un travail sans don fera de l’artiste un bon imitateur et non un créateur ; un don sans travail ne pourra en réalité se matérialiser. Or la belle œuvre est aussi tributaire aussi du jugement du public... ##### 2-- La contemplation esthétique : qu’est-ce que le Beau ? La question du Beau semble résolue facilement de nos jours : il n’y a pas de Beau absolu, le Beau est relatif à chacun. Le Beau ne consisterait alors qu’en un jugement subjectif, « à chacun ses goûts » comme on le répète naïvement [[Beau]] De nos jours, le Beau est vu comme subjectif, l'expression des goûts de chacun -> Mais prk certaines oeuvres semblent être perçues comme belles à travers l'espace et le temps ? (un peu idiot comme question) -> [[le goût comme relation sociale]] cette relation est historiquement construite donc même si plein de civilisations trouvent belles une oeuvre, c'est juste le résultat d'un processus social et historique d'interactions entre les [[culture]]s (comme disait Voltaire le crapaud aime la crapaude). Pourtant, une telle réponse ne nous permet pas de comprendre pourquoi certaines œuvres sont saluées comme étant des chefs d’œuvre ; pourquoi par-delà l’espace et le temps, malgré les différences individuelles, la beauté de certaines œuvres semblent s’imposer à nous, pour autant qu’on apprenne à la contempler. Or ne s’agit-il pas là d’un arbitraire culturel, faisant que par éducation ou du moins par imprégnation, on nous pousse à reconnaître en ces œuvres la beauté ? Bref entre le relativisme du « à chacun ses gouts », et le dogmatisme des critères du beau, n’y a-t-il pas la place pour un entre-deux, la beauté apparaissant dans la rencontre entre l’œuvre de l’artiste et le regard des spectateurs ? [[Beau]] [[Emmanuel Kant]]- [[Critique de la faculté de juger]] Tous les êtres humains possèdent la faculter de juger de la beauté d'une oeuvre ou d'un paysage, ce sont nos goûts Beau = satisfaction désintéressée. Différent de "ça me plaît". On attend des autres qu'ils partagent le même jugement ([[le goût comme relation sociale]]) ne pas confondre : beau ≠ agréable jugement de goût ≠ jugement d'agrément [[jugement d'agrément]] c'est avoir du goût pour quelque chose lorsque cela va dans nos intérêts ex : j'aime le violet car il va bien avec mes yeux [[jugement de goût]] c'est avoir du goût pour quelque chose comme une fin en soi ex : j'aime le violet parce que ça me plaît ex : J'aime la Joconde Pas d'intérêts derrière Kant a essayé de réfléchir sur ce jugement si particulier de goût dans la [[Critique de la faculté de juger]]. Tout homme, dit-il, dispose d’une faculté lui permettant de juger de la beauté d’une œuvre (beauté artistique) ou d’un paysage (beauté naturelle) : le goût .Or qu’est-ce que le Beau ? 1) le Beau est l’objet d’une satisfaction désintéressée : Dire « c’est beau » est autre chose que dire « ça me plaît ». Le jugement de goût est un jugement subjectif, mais qui en même temps se veut universel. Juger qu’une œuvre est belle, c’est attendre que les autres émettent un semblable jugement. Or on confond souvent le beau avec l’agréable ; on confond souvent le véritable jugement de goût du simple jugement d’agrément. Que j’aime ou pas la couleur violette, que j’apprécie ou non le vin des Canaries, est un jugement d’agrément. Celle-ci m’est agréable pour des raisons qui sont les miennes, conformément à mes intérêts. J’aime les vêtements violets car ils s’accordent bien avec la couleur de mes yeux ; j’aime le vin des Canaries car il me donne un plaisir du palais. Ce jugement est valable pour moi, et non nécessairement pour les autres. Il n’en est pas de même lorsque j’éprouve un authentique plaisir esthétique, qui se caractérise par sa gratuité. Je n’ai aucun intérêt à apprécier tel tableau ou telle sculpture, et pourtant je suis interpelé par ces oeuvres. Si j’aime ce château d’une manière esthétique, ce n’est pas parce que je suis royaliste ou que ce château me permet de me protéger de la pluie je l’aime pour ce qu’il est en lui-même; sa forme, son architecture, son originalité etc. [[beau]] = ce qui plaît universellement sans concept ([[universalisme]]) beau pour moi doit être beau pour les autres aussi Le beau ne se démontre pas au moyen d'[[expérimentation]] ou de la [[science]]. Il ne sert à rien de disputer les goûts des uns et des autres. Mais on peut en discuter et les partager. Mais grosse critique de [[Pierre Bourdieu]] = [[le goût comme relation sociale]], [[goût du luxe]] et [[goût de la nécessité]] Et critique de l'anthropologie car le goût est propre à une culture. Chercher l'universel est décidément presque nécessaire pour être un philosophe européen 2) Le beau est ce qui plaît universellement sans concept. Ce plaisir esthétique je l’attends également chez d’autres. Ce qui est beau pour moi doit l’être aussi pour les autres. Or ce plaisir ne peut être démontré en tant que tel : je ne peux pas prouver la beauté de cette œuvre comme je peux prouver que cette figure est un triangle. Je ne dispose pas d’une définition du beau me permettant de le déceler (comme chez les Grecs). Le jugement de gout n’est pas un jugement déterminant comme dans la science (où j’ai un concept ou une théorie que peux appliquer à un cas particulier), il est réfléchissant : de cette œuvre particulière, j’en découvre la beauté, et j’attends qu’il en soit de même pour les autres. Je vais alors chercher à attirer le regard d’autrui sur la beauté de cette œuvre en insistant sur tel ou tel aspect (le style, les couleurs, la symbolique, le thème, l’originalité..). En ce sens, comme dit Kant si on ne peut pas disputer des goûts (au sens de on ne peut les démontrer), on peut (contrairement à l’adage actuel) en discuter; l’Art appelle à l’échange et au partage. [[sublime]] = [[Emmanuel Kant]] renvoie à ce qui dépasse l'être humain, qui donne un sentiment de vertige (tempête, flot des vagues...) Nb- Kant a distingué le beau du sublime : alors que le beau harmonise nos facultés, le sublime renvoie davantage à ce qui dépasse l’homme, ce qui lui donne un sentiment de vertige (ex. un spectacle de tempête, le flot des vagues...) Plusieurs critiques ont pu être formulées à l’encontre de cette esthétique : -Celle de la sociologie (Bourdieu). Un tel jugement de goût ne se retrouvent pas dans les faits, il est en réalité tributaire des classes sociales selon le niveau de capital culturel (ex. les classes populaires préfèrent la peinture figurative ; celles aisées l’art conceptuel). De même le « beau goût » n’est pas objectif, mais relève en réalité d’un arbitraire culturel, celui des classes dominantes (par la maîtrise duquel elles cherchent à se distinguer). -Celui de l’ethnologie : le Beau diffère selon les cultures, et le jugement de goût est culturellement déterminé. Si de telles critiques ont le mérite de montrer en quoi le jugement de goût est en réalité déterminé, il n’en reste pas moins que même dans un autre environnement culturel ou un autre contexte historique, une œuvre peut être appréciée pour d’autres raisons que celles initiales (ex. l’art premier très en vogue dans l’art contemporain). La beauté d’un chef d’oeuvre réside justement dans le fait qu’elle parle à notre humaine condition, qu’elle est un réservoir inépuisable de sens où chacun, selon son vécu, sa personnalité, sa réflexion, peut se retrouver. Or cela suppose une éducation éclairée à l’art. ##### 3- Le problème de l’art contemporain [[art moderne]] période : fin 19e au milieu 20e [[art contemporain]] période : fin 20e à maintenant posent des difficultés théoriques -> art + conceptuel que figuratif, il demande beaucoup d'effort pour le comprendre et l'apprécier ([[goût du luxe]], [[culture froide]]) -> l'artiste exprime son individualité ([[individualisation]]) se distinguant de la masse et poursuit son émancipation en quête de la création de Beau Il va alors créer SON oeuvre ([[propriété privée lucrative]]) qui peut choquer, déranger, repousser, questionner la moralité (l'art doit-il avoir une certaine [[morale]]) -> l'art se confond parfois avec la [[technique]] ex : - La fontaine de Duchamp : un vulgaire urinoir devenant, par le geste de l’artiste lui enlevant sa fonctionnalité, oeuvre - ou encore le Pop Art de Warho -> il peut aussi simplement être une performance Plus pareil que l'[[art doit représenter la nature]] Aujourd’hui l’œuvre apparaît davantage comme un « objet esthétique intentionnel » qui n’en demeure pas moins essentiel à nos vies, suscitant en nous émotions et réflexions. [[Artiste pour Nietzsche]] L’art moderne (fin du XIXème siècle/ milieu XXème) puis art contemporain (à partir de la deuxième moitié du XXème siècle) soulèvent un certain nombre de difficultés théoriques : - Il s’agit d’un art de moins en moins figuratif et de plus en plus conceptuel ; touchant moins notre sensibilité, il demande au spectateur un effort supplémentaire pour le comprendre. (Ex. carré noir sur fond blanc de Malevitch) - C’est un art d’avant-garde, symbolisé par la métaphore du triangle par Kandinsky : artiste est comme le sommet du triangle : il est seul au sommet, en avance sur les autres, exprimant une individualité distincte « de la masse ». L’artiste poursuit son émancipation, entendant se libérer de toutes les règles, y compris celle de créer du Beau, d’où la possibilité qu’il revendique de créer une oeuvre qui choque, dérange, qui repousse, qui amuse, avec les dérives morales qui peuvent en découler (or l’art doit-il être moral ?) - C’est un art qui remet en question la définition classique, « sacralisée », de l’œuvre d’art ; la distinction avec l’objet technique n’est plus nette (ex. La fontaine de Duchamp : un vulgaire urinoir devenant, par le geste de l’artiste lui enlevant sa fonctionnalité, oeuvre ; ou encore le Pop Art de Warhol) ou n’est plus une finalité achevée mais est en construction (performances...) Finalement comme Hegel le montrait, l’art n’a peut-être plus la même fonction auj. qu’il pouvait revêtir par le passé, à savoir représenter l’Absolu (ce qu’il y avait de plus noble, de plus sacré pour les hommes). Aujourd’hui l’œuvre apparaît davantage comme un « objet esthétique intentionnel » qui n’en demeure pas moins essentiel à nos vies, suscitant en nous émotions et réflexions.