partir sur une idée reçue dans l'actualité
Mouvement BDS sur la Palestine
prk c'est autant réprimé par les États ? enjeux ou types d'action collective
partir d'une common idea (fausse)
montrer des exemples qui contredisent cette idée à partir d'articles
se demander alors prk ces exemples existent alors que common idea
plan
Le conflit israélo-palestinien est considéré comme l'un des conflits les plus complexes. Le conflit est mondial, historiquement important et compte de nombreux acteurs avec une pluralité de motivations. Face à un tel sujet, il ne devrait pas y avoir de nombreuses personnes et notamment des personnes qui ont peu de compétence politique. Cependant, on observe des manifestations avec plusieurs millions de personnes dans le monde entier et un engagement fort sur les réseaux sociaux. On peut donc se demander comment des groupes éloignés de la politique traditionnelle s'emparent de questions aussi complexes.
Est-ce que c'est dû à un renouveau de l'engagement politique ?
On peut se demander comment des groupes éloignés de la politique traditionnelle s'emparent de questions aussi complexes et si cette intégration traduit un renouveau de l'engagement politique?
type d'action collectives :
- manifestations
- dans toutes les grandes villes du monde où les manifestations sont autorisées
- parfois très violentes
- marche vers Gaza depuis l'Égypte pour percer le blocus israélien
- boycott d'entreprises et d'influenceurs liés à Israël
- avec applications comme boycott X
- appel à la reconnaissance de l'État Palestinien, pression de l'opinion publique
- appel à des sanctions à l'encontre du régime israélien
- propagande décentralisée sur les réseaux sociaux mais aussi sur des médias + traditionnels
- All Eyes On Gaza fait par intelligence artificielle donc + dépolitisée
- films avec récompense Oscar
- influenceurs
- chaîne de télé internationale comme Al-jazeera
- bloquage d'université à l'international
- envoi de flottilles pour percer le blocus israélien et apporter l'aide humanitaire à Gaza
- action internationale coordonnée
perception médiatique du mouvement :
- très antisémite
- très violent
- très compliqué, très polarisant
- enjeu de l'antiracisme qui est rejeté par bcp de gauchos
structures d'organisations :
-
type de personnes au sein du mouvement :
-
type de revendications et d'enjeux :
- [[répertoire transnational autonome]]
- enjeu humanitaire
- enjeu sécuritaire
- [[revendications post-matérialistes]]
- géopolitique
configurations politiques :
- soutien de la gauche radicale et de l'extrême gauche
- accusation d'antisémitisme
- instrumentalisation de l'antisémitisme
- pas soutien du reste
Comment les différents mouvements se sont positionnés pour contester la position du gouvernement par rapport au génocide palestinien.
conflit + large ; clivages ; opposition sionisme / antisionisme ; héritage de la Shoah ; instrumentalisation de l'antisémitisme ; ED
mouvement palestinien est issu de la société civile (bottom-up)
## L'hyper-attention médiatique anticipée de Bloquons Tout : une différence majeure avec les Gilets Jaunes
L'hyper-attention médiatique anticipée dont a bénéficié le mouvement Bloquons Tout constitue une rupture fondamentale avec l'expérience des Gilets Jaunes et a profondément modifié les dynamiques du mouvement. Cette différence s'analyse à travers plusieurs cadres théoriques de la sociologie des mouvements sociaux.
## L'effet de surprise des Gilets Jaunes et la « sidération médiatique »
Les Gilets Jaunes ont bénéficié d'un **effet de surprise** qui a désorienté les médias et le pouvoir politique. Comme le souligne Jérôme Bouvier, président des Assises du journalisme : « Après la sidération et l'incompréhension liée au fait que nous ne l'avons pas vu venir en raison d'une déconnection par rapport à la réalité du terrain, le mouvement a suscité une démesure dans le traitement ». Cette émergence inattendue a créé un **malentendu initial** : les médias sont allés chercher des manifestants sur les ronds-points en s'attendant à une contestation classique contre la taxation sur l'essence, et ont découvert « une toute autre histoire ». Cette surprise a paradoxalement joué en faveur du mouvement : elle a permis de « donner la parole et de montrer que quand on donne la parole aux classes populaires finalement elles ne sont pas forcément là où on l'attend ».youtube[strategies](https://www.strategies.fr/actualites/marques/4023913W/gilets-jaunes-quels-impacts-dans-la-com-les-medias-les-marques-.html)
Le caractère inattendu du mouvement a également créé une forme d'**attention médiatique démesurée mais initialement bienveillante**, alimentée par le soutien massif de l'opinion publique (73%). Les journalistes ont ressenti « une forme de mauvaise conscience par rapport au procès fait en invisibilisation d'une partie de la société dont les politiques ne s'occupent pas parce que les médias ne s'en soucient pas ». Cette couverture initiale, bien que parfois confuse, a contribué à légitimer le mouvement et à élargir sa base sociale.[contretemps+1](https://www.contretemps.eu/gilets-jaunes-urgence-acte-kouvelakis/)
## Bloquons Tout : l'hyper-attention anticipée comme dispositif de contrôle
À l'inverse, Bloquons Tout a fait l'objet d'une **« hyper attention médiatique »** plusieurs semaines avant le 10 septembre. Dès juillet 2025, les grands médias ont commencé à couvrir massivement le mouvement naissant, posant « les questions habituelles : qui sont les bloqueurs, qui peut incarner le mouvement, voire en être les leaders, qui se "cache derrière", que veulent-ils, à quoi s'attendre, voire que craindre ? ». Cette médiatisation anticipée s'inscrit dans ce qu'**Erik Neveu** appelle la **« course aux armements communicationnels »**, où acteurs militants et médias se livrent à une bataille symbolique permanente pour le contrôle du récit et de la visibilité.[academia+4](https://www.academia.edu/44300568/La_communication_m%C3%A9diatique_des_mouvements_sociaux_2020_2021_)
Cependant, dans le cas de Bloquons Tout, cette médiatisation anticipée a eu des effets paradoxaux et largement contre-productifs pour le mouvement. Comme l'analyse le site Mediacités : « L'hyper attention médiatique a sans doute eu pour effet de bousculer les responsables politiques et syndicaux de tous bords, quand ils et elles n'avaient pas pris les devants ». En d'autres termes, la **prévisibilité du mouvement** a permis aux acteurs institutionnels (gouvernement, syndicats, partis) de se positionner en amont, modifiant ainsi profondément la dynamique de mobilisation.[mediacites](https://www.mediacites.fr/paroles-dexperts/national/2025/09/10/bloquons-tout-est-il-vraiment-la-saison-2-des-gilets-jaunes/)
## Les « [[manifestation de papier|manifestations de papier]] » et le piège de la médiatisation anticipée
Le concept de **« manifestations de papier »** développé par **Patrick Champagne** permet d'éclairer les effets de cette hyper-attention. Champagne a montré que certaines manifestations « ont comme enjeu de devenir un "événement" et sont donc dans un rapport constitutif avec les médias ». Dans ce modèle, « elles ont comme objectif principal d'obtenir l'attention des médias et en retour les médias sont en position de leur donner ou non une visibilité sociale ».[books.openedition+2](https://books.openedition.org/pur/24683?lang=fr)
Or, Bloquons Tout s'est retrouvé piégé dans cette logique avant même d'exister physiquement. La médiatisation anticipée a transformé le mouvement en **événement médiatique avant d'être un événement social**. Comme le note Acrimed, dès le 20 août, « les appels à bloquer le pays avaient circulé intensément sur les réseaux sociaux et les médias », créant une forme de **prophétie médiatique** où le mouvement était déjà défini, cadré, et potentiellement neutralisé avant même de se manifester.[arretsurimages](https://www.arretsurimages.net/articles/10-septembre-les-medias-peinent-a-traiter-lappel-a-tout-bloquer)
Cette anticipation médiatique s'accompagne d'un **cadrage préventif souvent alarmiste**. Les médias ont diffusé des « scénarios catastrophistes », contribuant à créer un « climat de peur » qui a pu décourager une partie des participants potentiels tout en justifiant le déploiement massif de forces de l'ordre (80 000 policiers et gendarmes).[rapportsdeforce+3](https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/que-devient-bloquons-tout-100325611)
## La répression préventive comme conséquence de la médiatisation anticipée
L'hyper-attention médiatique a directement facilité une **stratégie de répression préventive** du gouvernement. Contrairement aux Gilets Jaunes, dont la répression s'est durcie progressivement au fil des actes hebdomadaires, Bloquons Tout a fait face dès le premier jour à un dispositif policier et judiciaire maximal : 675 interpellations et 549 gardes à vue le 10 septembre, un « nassage préventif » systématique, et une « tolérance zéro ».[lemediatv+3](https://www.lemediatv.fr/emissions/2025/bloquons-tout-malgre-la-propagande-mediatique-cest-ca-la-france-zaWxaw_LSgm3ThjoQyPC4g)
Cette anticipation répressive s'inscrit dans ce que les chercheurs appellent une **logique de « prévention pénale »** où l'État ne répond plus à des actes commis mais à des menaces potentielles. Comme le soulignent les travaux sur le fichage des manifestants, « ce souci premier de prévention se traduit par la généralisation du dispositif des zones de sécurité » et par une tentative de « prévoir l'ampleur des mobilisations ». La médiatisation anticipée a fourni au pouvoir politique toutes les informations nécessaires pour organiser cette prévention répressive.[tempspresents+1](https://tempspresents.com/2023/09/04/la-politique-publique-de-prevention-de-la-radicalisation/)
## L'effet sur la dynamique interne du mouvement
L'hyper-attention médiatique a également modifié la **dynamique interne** de Bloquons Tout. Alors que les Gilets Jaunes ont pu se construire progressivement, en expérimentant différentes formes d'action et en élaborant leurs revendications dans la durée, Bloquons Tout s'est retrouvé **sommé de s'expliquer et de se structurer avant même d'exister**.[mediacites+1](https://www.mediacites.fr/paroles-dexperts/national/2025/09/10/bloquons-tout-est-il-vraiment-la-saison-2-des-gilets-jaunes/)
Cette pression médiatique précoce a favorisé ce que **Todd Gitlin**, dans son étude classique sur le mouvement étudiant américain SDS, appelle la **« certification médiatique »** de certains leaders. Les médias ont cherché des porte-parole, des figures incarnant le mouvement, contribuant à créer des hiérarchies et à structurer verticalement un mouvement qui se voulait horizontal. Cette dynamique entre en contradiction avec l'idéal d'horizontalité revendiqué, créant des tensions internes.[lepoint+2](https://www.lepoint.fr/politique/qui-se-cache-derriere-bloquons-tout-l-appel-a-la-mobilisation-totale-a-partir-du-10-septembre-04-08-2025-2595733_20.php)
Par ailleurs, comme l'analyse **Charlotte Ryan** dans son étude sur les mouvements sociaux américains, l'obsession de la visibilité médiatique conduit les organisations à « affaiblir leurs capacités à s'adresser aux citoyens ordinaires » et déstabilise leur « structure interne » au profit d'une « préparation aux performances pour journalistes ». Dans le cas de Bloquons Tout, cette logique était déjà à l'œuvre avant même le 10 septembre, le mouvement étant contraint de communiquer sur ses intentions plutôt que de construire progressivement sa base sociale.[theconversation](https://theconversation.com/mouvements-sociaux-le-jeu-mediatique-en-vaut-il-la-chandelle-128139)
## Le détournement de l'agenda par la crise politique
L'hyper-attention médiatique a également favorisé un **détournement de l'agenda**. Comme le relève Mediacités, la démission anticipée de François Bayrou et la crise politique qui s'ensuivit ont permis à « l'agenda proprement politique de repasser au premier plan » au détriment de « la "crise" sociale ». Cette capacité du pouvoir à reprendre l'initiative s'explique en partie par le fait que, grâce à la médiatisation anticipée, il disposait de toutes les informations nécessaires pour élaborer une stratégie de riposte.[mediacites](https://www.mediacites.fr/paroles-dexperts/national/2025/09/10/bloquons-tout-est-il-vraiment-la-saison-2-des-gilets-jaunes/)
Les Gilets Jaunes, au contraire, ont imposé leur agenda par la surprise et la durée. Leur persistance hebdomadaire a empêché le pouvoir de reprendre durablement le contrôle du récit médiatique, contraignant Emmanuel Macron à des concessions (grand débat national, hausse du SMIC, etc.) même si celles-ci se sont révélées largement symboliques.[contretemps](https://www.contretemps.eu/gilets-jaunes-urgence-acte-kouvelakis/)
## La mémoire traumatique et l'effet dissuasif
Enfin, l'hyper-attention médiatique a contribué à raviver la **mémoire traumatique de la répression des Gilets Jaunes**. En couvrant massivement le mouvement avant même qu'il ne démarre, les médias ont rappelé la violence de la répression passée, créant un effet dissuasif : « le manque de soutien de la population et la dureté de la répression, y compris judiciaire » ont découragé d'anciens Gilets Jaunes de se remobiliser. L'attitude « que les autres se mouillent » témoigne de cet épuisement militant amplifié par la publicisation préalable du coût de l'engagement.[la-croix+1](https://www.la-croix.com/France/Politique/Lete-gilets-jaunes-entre-declin-transformation-2019-08-06-1201039552)
## Synthèse : de la surprise à la prévention
En définitive, l'hyper-attention médiatique anticipée constitue une différence majeure entre les deux mouvements car elle inverse les rapports de force. Là où les Gilets Jaunes ont bénéficié d'un **effet de surprise** qui a créé une « désorientation » favorable au mouvement, Bloquons Tout s'est retrouvé **préempté** par les médias et le pouvoir politique. Comme l'écrit Neveu dans sa sociologie des mouvements sociaux, « la construction symbolique des mouvements sociaux passe par le travail des médias, dont il faut analyser le supposé "pouvoir" ainsi que la propension à instrumentaliser ou à simplifier les phénomènes ».[journals.openedition+1](https://journals.openedition.org/lectures/16801)
Dans le cas de Bloquons Tout, ce « pouvoir » des médias s'est exercé de manière **préventive**, transformant le mouvement en objet de surveillance, de cadrage et de contrôle avant même qu'il ne se manifeste. Cette anticipation a permis au gouvernement de déployer une répression maximale dès le premier jour, aux syndicats et partis de se positionner en amont, et aux médias de construire un récit largement défavorable au mouvement. Comme le conclut l'analyse de Mediacités, cette hyper-attention « a sans doute eu pour effet de bousculer » les acteurs institutionnels, mais au détriment du mouvement lui-même.[mediacites](https://www.mediacites.fr/paroles-dexperts/national/2025/09/10/bloquons-tout-est-il-vraiment-la-saison-2-des-gilets-jaunes/)
Cette différence illustre une transformation plus large des **modes de gouvernement des mobilisations sociales** : face à des mouvements qui utilisent les réseaux sociaux et bénéficient d'une viralité numérique, les pouvoirs publics développent des stratégies d'**anticipation et de prévention** qui s'appuient précisément sur cette visibilité préalable. Les Gilets Jaunes marquent peut-être le dernier mouvement social français à avoir bénéficié d'un véritable effet de surprise. Bloquons Tout inaugure une nouvelle ère où l'hyper-visibilité numérique se retourne contre les mouvements sociaux, facilitant leur contrôle et leur neutralisation préventive.[journals.openedition+4](https://journals.openedition.org/revdh/21497)
Voici un argumentaire structuré et cohérent fondé sur les travaux de Ronald Inglehart et illustré par les exemples des Gilets Jaunes et de Bloquons Tout :
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Voici une organisation cohérente des idées, articulée autour des apports et critiques du paradoxe de l’action collective par Daniel Gaxie, pour un paragraphe argumentatif :
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Le paradoxe de l’action collective, mis en lumière par Mancur Olson, suggère que chaque individu fait un calcul rationnel coût-bénéfice devant la mobilisation : si le coût d’engagement est trop élevé et que les bénéfices sont partagés sans distinction, il est rationnel de s’abstenir. Daniel Gaxie enrichit et critique ce cadre en montrant que les incitations à l’engagement sont multiples et souvent symboliques : sentiment de compétence, reconnaissance, prestige ou simple satisfaction de défendre ses idées peuvent compenser les coûts élevés du militantisme, notamment face à la répression. La structure des opportunités politiques joue également un rôle clé, orientant les logiques d’engagement selon le contexte répressif, les possibilités d’action, ou l’ouverture institutionnelle à la contestation.
Dans ce contexte, le choix des répertoires d’action — blocages, manifestations, pétitions, mobilisation par les réseaux sociaux — reflète le souci de maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques pratiques. Lors des Gilets Jaunes et de Bloquons Tout, les occupations et manifestations “sauvages” traduisent une volonté d’autonomie vis-à-vis des institutions, mais génèrent des conflits internes et externes, notamment du fait de la militarisation de la répression et la judiciarisation des luttes.
En réponse au contexte répressif et traumatique hérité du mouvement des Gilets Jaunes — mutilations, amendes, prison — de nombreux membres de Bloquons Tout ont privilégié des stratégies moins conflictuelles, comme les blocages filtrants, pour limiter le coût de l’engagement. La mémoire du coût de l'action collective et la stratégie de tolérance zéro du gouvernement ont ainsi directement modifié la dynamique des mouvements sociaux récents. Les militants ont moins voulu s'exposer. Cette évolution atteste la pertinence du raisonnement rationnel, mais rappelle aussi, via Gaxie, l’importance des rétributions symboliques pour dépasser le paradoxe de l’action collective et continuer à mobiliser malgré les coûts importants.
Le mouvement des Gilets Jaunes surgit de manière soudaine à l’automne 2018, dans un contexte de relatif équilibre politique national mais de grande défiance sociale vis-à-vis du gouvernement Macron. La mobilisation naît d’abord en ligne avec une pétition sur Change.org à propos de la taxe carburant, relayée massivement via Facebook. Rapidement, la contestation déborde sur le terrain, fédérant des groupes hétérogènes et, poussé par une dynamique expansive se développe massivement durant les premières semaines.
À l’inverse, la genèse de Bloquons Tout a été fortement marquée par l’instabilité politique de l’été 2025. Le 21 mai, la première évocation officielle de la mobilisation apparaît sur le canal Télégram « Les Essentiels ». Le projet est d’abord marqué par des positions souverainistes et identitaires – défense des Gilets Jaunes, appui aux TPE-PME, et thèmes relevant de l’extrême droite – mais il reste confidentiel, n’atteignant que 170 abonnés début août. C’est le contexte institutionnel et la politique d’austérité du gouvernement Bayrou – annoncée le 15 juillet, avec une réduction de 43,8 milliards d’euros du budget et la suppression de jours fériés – qui amplifie l’audience et la légitimité du mouvement. Dès la mi-juillet, un duel politique s'engage pour « revendiquer » cette colère : la gauche, et notamment la France Insoumise (LFI), tente de s’arrimer à la mobilisation à partir du 16 août, ce qui contribue à infléchir l’identité du mouvement vers un ancrage nettement plus marqué à gauche.
Pour bien comprendre les revendications des deux mouvements, on va s’appuyer sur le travail de Ronald Inglehart. Il construit une typologie où il distingue deux grands types de revendications au sein des mouvements sociaux : les revendications matérialistes, centrées sur les besoins matériels et économiques tels que les salaires, les conditions de vie et la sécurité physique, et les revendications post-matérialistes, qui portent sur l’autonomie individuelle, l’expression de soi, la reconnaissance d’identités multiples et de nouveaux droits. Toutefois, chez les Gilets Jaunes et Bloquons Tout, ces deux pôles coexistent de manière hybride.
Les revendications matérialistes émergent autour de problèmes tangibles : opposition à la hausse du carburant, pouvoir d’achat, justice fiscale, maintien des services publics. C’est la dynamique initiale du mouvement des Gilets Jaunes. Au fil du temps, ces mobilisations s’enrichissent de revendications institutionnelles et post-matérialistes comme l’exigence du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), qui exprime la volonté de renforcer la démocratie participative et la souveraineté populaire. Inglehart souligne que ce phénomène de diversification des demandes traduit un déplacement des conflits, qui ne concernent plus exclusivement la répartition des ressources mais intègrent aussi des valeurs qualitatives et culturelles.
Le mouvement Bloquons Tout confirme cette hybridation : il conjugue des revendications économiques et sociales (opposition au budget Bayrou, hausse des salaires, défense des services publics) avec des revendications post-matérialistes touchant l’écologie, la justice climatique, l’autodétermination et le soutien aux luttes féministes et pro-palestiniennes. Cette hétérogénéité traduit non seulement l’influence croissante des nouvelles générations et des réseaux militants sur l’agenda collectif, mais aussi une profonde volonté de contestation de l’ordre établi, qui traverse aussi bien la sphère matérielle que la sphère des valeurs.
Ainsi, les deux mouvements partagent une dynamique hybride : ils veulent à la fois transformer les conditions matérielles de la vie sociale et démocratiser en profondeur la société par plus d’autonomie citoyenne et de reconnaissance des identités collectives. Ce caractère hybride illustre la capacité des nouveaux mouvements sociaux à intégrer de nouveaux enjeux cependant on va maintenant voir la manière dont ils choisissent de se mobiliser pour les défendre.